«Mais, reprit la tentatrice, vous avez une fille; tout ce que vous possédez doit lui revenir. Je lui fais tort.

—Mais, répliqua le duc, ma fille a un fils qui est le vôtre. Votre fortune et la mienne iront ensemble au petit marquis. Ne sommes-nous pas une même famille?

—Vous me l'avez déjà dit une fois, monsieur le duc; mais ce jour-là vous m'avez fait moins de plaisir qu'aujourd'hui.»

Mme Chermidy encaissa l'inscription de rentes et se garda bien de la vendre. Cette femme avait l'instinct du solide et se défiait sagement de l'instabilité des choses humaines. Le duc fut, dès ce moment, l'associé de sa belle amie. Il eut le droit de puiser dans sa caisse, et il trouva chez elle, jusqu'à nouvel ordre, autant d'argent qu'il en voulut prendre. C'est tout ce qu'il put obtenir de cette généreuse et souriante vertu. Honorine s'occupa du vieillard avec une tendresse minutieuse; elle lui fit quitter l'appartement qu'il occupait; elle le transporta aux Champs-Elysées avec la duchesse, et le mit dans ses meubles; elle eut soin qu'on ne manquât de rien dans la maison; elle pourvut même aux dépenses de la cuisine. Cela fait, elle frotta ses petites mains et se dit en riant: «Je tiens l'ennemi en état de blocus; et si jamais la guerre se déclare, je les affame sans pitié.»

VI

LETTRES DE CORFOU.

LE DOCTEUR LE BRIS A MADAME CHERMIDY.

Corfou, 20 avril 1853

Chère madame,

Je ne prévoyais point, le jour où j'ai pris congé de vous, que notre correspondance serait si longue. Don Diego ne s'y attendait pas non plus. Si j'avais pu le prévenir, je ne sais s'il eût pris la résolution héroïque de se priver de vos lettres et de vivre sans vous écrire. Mais tous les hommes sont sujets à l'erreur, les médecins surtout. Ne montrez pas cette phrase à mes confrères.