—Halte-là! interrompit le capitaine Brétignières. Qu'est-ce que nous donnerons à la France?
—Tout ce qu'elle demandera, c'est-à-dire rien. La France est un pays désintéressé. Elle passe sa vie à conquérir le monde, mais elle se ferait un scrupule de rien garder pour elle.
—Entendons-nous, monsieur le comte. La France a toujours manqué d'égoïsme. Elle a plus fait pour la civilisation qu'aucun autre pays de l'Europe, et elle n'a jamais demandé son salaire. L'univers est notre débiteur; nous le fournissons d'idées depuis trois ou quatre cents ans, et l'on ne nous a rien donné en échange. Quand je pense que nous n'avons pas seulement les îles Ioniennes!
—Vous les avez eues, capitaine, et vous n'avez pas voulu les garder.
—Ah! si j'avais mes deux jambes!
—Qu'est-ce que vous feriez, capitaine? demanda Mme de Villanera.
—Ce que je ferais, madame? mon pays n'a pas d'ambition, j'en aurais pour lui. Je lui donnerais les îles Ioniennes, Malte, les Indes, la Chine, le Japon, et je ne souffrirais pas de monarchie universelle!
—M. de Brétignières, dit Germaine, ressemble à ce précepteur dont l'élève avait dérobé une figue. Il lui fit un sermon sur la gourmandise, et mangea la figue à la péroraison.»
Le capitaine s'arrêta court. Il était rouge jusqu'aux oreilles. «Je crois, dit-il, que je suis allé plus loin que ma pensée. Où en étions-nous?
—Nous étions partout, dit le comte Dandolo.