—C'est juste, puisque nous parlions de l'Angleterre. Croyez-vous que si l'histoire de Ky-Tcheou était arrivée à un bâtiment anglais, on se fût contenté de bombarder la ville? Pas si bête! L'Angleterre y aurait gagné un bon traité de commerce, cent millions d'argent comptant, et cinquante lieues de pays.
—Vous croyez? demanda M. Dandolo.
—J'en suis sûr.
—Eh bien! sur quoi discutons-nous? nous sommes du même avis.
—Qu'est-ce que l'histoire de Ky-Tcheou? demanda Germaine.
—Vous n'avez pas lu cela, madame?
—Nous ne lisons pas un journal, mon cher comte, excepté vous.
—Eh bien! Ky-Tcheou est une grosse affaire. Les Chinois ont tué deux missionnaires et un commandant français; les Français ont rasé la ville, si bien que le nom même n'en est pas resté sur la carte; on se demande ce qu'il adviendra de tout cela, et je pense qu'il n'en adviendra rien du tout.»
M. du Villanera se mêla pour la première fois à la conversation.
«L'histoire dont vous parlez est-elle récente? demanda-t-il au comte
Dandolo.
—Mais toute fraîche. Elle est arrivée par le dernier paquebot. Vous n'avez pas entendu parler de la Naïade? Vous n'avez pas lu la mort du capitaine Chermidy?»