Le fait est que nos tentes étaient restées à deux bonnes lieues de là, pour le moins.

Nous voilà donc campés, à cinq heures du soir, sur la cime du Djebel. La position était bonne, on la fortifie en deux temps ; j’organise les postes, je place les grand’gardes, et ma besogne n’est pas plutôt faite que je me laisse tomber sur la première natte venue, dans un coin. J’avais les yeux fermés depuis quatre minutes, quand une idée me réveilla en sursaut : Et Léopold ?

Que pensez-vous d’un égoïste qui se couche sans savoir si son ami est mort ou vivant ? Je me lève, furieux contre moi-même, et je sors de la cabane en me disant de gros mots. Le village était plein de soldats qui mangeaient, fumaient, dormaient ou pillaient, suivant les goûts particuliers de chacun. Je rencontre un turco qui portait une outre d’huile, une botte d’oignons et un chevreau nouveau-né.

« Eh ! lascar ! tu connais ton lieutenant, M. de Gardelux ?

— Sidi turco ? besef !

— Est-il blessé ?

— Makasch.

— Est-il mort ?

— Makasch morto.

— Où est-il ?