« Mon cher enfant, me dit-elle, (elle avait sept ou huit ans de plus que moi), vous feriez beaucoup mieux de terminer vos études. Il n’y a rien en vous qui doive déplaire, mais vous êtes dans l’âge ingrat. Il faut jeter vos gourmes et laisser croître vos moustaches. Vos parents me voudraient mal de mort si je vous détournais de vos études. Vous ne pouvez pas être amoureux de moi, puisque vous n’avez pas été mon amant ; on désire une femme avant, mais on ne l’aime qu’après. D’ailleurs je veux être franche, car votre sincérité me touche : j’aime quelqu’un.

— Ce boyard, ô Zémire !

— Non ! pas lui. »

Elle me salua gentiment de la main et descendit l’escalier avec les ondulations les plus coquettes. Je me lançai à sa poursuite en criant :

« M’aimeriez-vous si j’étais reçu à l’École polytechnique ?

— Nous verrons ça, dit-elle. Revenez l’an prochain. »

Le lendemain, je lui envoyai les vers suivants, mon premier et mon dernier essai dans la littérature :

J’ai vingt ans ! C’est l’âge où l’on aime,

Ce n’est pas l’âge d’être aimé.

Age ingrat ! tu l’as dit toi-même,