—Il t'a oubliée?

—Non.

—Comment le sais-tu?

—J'en ai les preuves.

—Je ne te demande pas s'il t'a écrit: tu es ma fille.

—Oh! mon père!

—Qui est-ce donc? Dis-nous son nom!»

Victorine eût été fort embarrassée de répondre. Mme Michaud dit au marquis: «Tu lui as fait peur; la voilà tout assotée. Laisse-moi seule avec elle, elle me dira son secret.»

Je ne sais comment Victorine s'y prit pour ensorceler sa tante. Le fait est qu'elle ne lui dit pas son secret, et qu'elle l'enrôla dans une conspiration contre les prétendants. On se promit de leur prouver à eux-mêmes qu'ils n'avaient d'amour que pour la fortune de Mme Michaud. Victorine eut bientôt fait son siége; l'amour est un grand maître en stratégie. Séance tenante, elle découpa, dans un volume de la Bibliothèque bleue, la phrase suivante, qui fut mise sous enveloppe à l'adresse de M. Lefébure:

«La dame et sa nièce se marièrent le même jour aux deux chevaliers qu'elles aimaient, et ceux qui se trouvèrent dans la chapelle du château virent deux belles cérémonies.»