—Oui, monsieur. Vous plaît-il que nous rechargions devant vous?

—C'est inutile.» Il prit un pistolet et le tira en l'air.

«Ils sont bien chargés, dit-il. Soyez assez bon, monsieur, pour remettre une amorce.»

Les deux pistolets furent enveloppés dans un foulard; M. de Marsal en choisit un, l'artiste prit l'autre. Le peintre, qui avait les jambes longues, mesura cinq énormes pas. Les quatre témoins se retirèrent à l'écart en sanglotant.

«Messieurs, dit M. Lerambert d'une voix haletante, je frapperai trois coups dans mes mains, vous tirerez quand vous voudrez.»

Daniel tira le premier; l'amorce seule partit. Son pistolet n'était pas chargé.

M. de Marsal, plus blême que jamais, resta quelques secondes à sa place, le bras tendu, le canon dirigé sur la poitrine de Daniel. Ses jambes se dérobaient sous lui, ses yeux nageaient dans l'incertitude et la crainte; tout son corps vacillait comme un bouleau secoué par le vent. Dans un pareil moment, les secondes sont plus longues que des années. Daniel, le corps effacé, la poitrine abritée par son bras droit, la tête à demi cachée derrière son pistolet, eut le temps de perdre patience.

«Tirez! cria-t-il.

—Tirez donc, monsieur!» répétèrent machinalement les quatre témoins. Tous les malheurs possibles leur semblaient préférables à l'angoisse qui les étouffait.

Le capitaine, sans abaisser sa main, répondit d'une voix chevrotante: