—Mon cher, tu n'es ni assez petit ni assez grand: il me faut un colosse ou un gnome. Reste où tu es. As-tu jamais réfléchi sur les livrées? C'est une grave question.
—Dame! j'ai lu Aristote chapitre des chapeaux.
—Que penserais-tu d'une capote bleu de ciel avec des parements rouges?
—Nous avons aussi l'uniforme des Suisses du pape, jaune, rouge et noir, avec une hallebarde. Qu'en dis-tu?
—Tu m'ennuies. J'ai passé en revue toutes les couleurs; le noir est comme il faut, avec une cocarde; mais c'est trop sévère. Le marron n'est pas assez jeune, le gros bleu est discrédité par le commerce: tous les garçons de caisse ont l'habit bleu et les boutons blancs. Je réfléchirai. Regarde-moi un peu mes nouvelles cartes de visite.
—Léonce de Baÿ et une couronne de marquis! Je te passe le marquisat, cela ne fait de tort à personne; mais je crois que tu aurais mieux fait de respecter le nom de ton vieux père. Je ne suis pas rigoriste, mais il me fâche toujours un peu de voir un galant homme se déguiser en marquis, hors le temps du carnaval. C'est une façon délicate de renier sa famille. Pour que tu sois marquis, il faut que ton père soit duc, ou mort: choisis.
—Pourquoi prendre les choses au tragique? Mon excellent homme de père rirait de tout son cœur à voir son nom ainsi fagoté. Ne trouves-tu pas que ce tréma sur l'y est une invention admirable? Voilà qui donne aux noms une couleur aristocratique! Il ne me manque plus que des armoiries. Connais-tu le blason?
—Mal.
—Tu en sais toujours assez pour me dessiner un écusson.