—Vous avez raison, madame: demandez-moi tout au monde, hormis une seule chose; et je n'ai rien à vous refuser. Mais j'ai juré de ne plus remettre les pieds dans le faubourg.
—Au nom du ciel, pourquoi ne me l'avez-vous pas dit?
—Vous ne me l'avez pas demandé.»
En quittant Gaston, Mme Benoît dit trois mots à sa femme de chambre et quatre à son cocher. Elle ne parla plus au marquis du premier semestre de ses rentes.
Le soir, au bal, Lucile eut un succès de beauté et de bonheur. Aucune des femmes présentes ne se souvenait d'avoir vu une mariée aussi franchement heureuse. Tous les jeunes gens envièrent le sort de Gaston, suivant l'usage; je ne me permettrai pas de dire que personne ait envié celui de Lucile. A deux heures du matin, danseurs et danseuses étaient partis, et les mariés restaient sur la brèche: Mme Benoît avait jugé convenable qu'ils fermassent le bal comme ils l'avaient ouvert. Cette tendre mère, dont le front semblait voilé d'un léger nuage, demanda la grâce de causer un quart d'heure avec sa fille, et elle la conduisit dans la chambre nuptiale, au rez-de-chaussée, tandis que Gaston, qui avait à secouer la poussière du bal, retourna pour la dernière fois à son petit appartement du second étage. En descendant le grand escalier, il fut surpris d'entendre le bruit d'une voiture qui s'éloignait au grand trot. Il entra dans la chambre nuptiale: elle était vide. Il passa chez Mme Benoît: toutes les portes étaient ouvertes et l'appartement désert. Des souliers de satin, deux robes de bal et un grand désordre de vêtements jonchaient le tapis. Il sonna; personne ne vint. Il sortit sous le vestibule et se rencontra face à face avec la physionomie rustaude du petit palefrenier Jacquet. Il le saisit par sa blouse: «Est-ce que je ne viens pas d'entendre une voiture?
—Oui, monsieur: faudrait être sourd....
—Qui est-ce qui s'en va si tard, après tout le monde?
—Mais, monsieur, c'est madame et mademoiselle dans la berline, avec le gros Pierre et Mlle Julie.
—C'est bien. Elles n'ont rien dit? Elles n'ont rien laissé pour moi?
—Pardonnez, monsieur, puisque madame a laissé une lettre.