Tandis que Gaston et Robert gravissaient la colline et passaient en revue un front de bataille hérissé d'échalas, une étrange discussion s'élevait entre les deux amies, auprès de la cuisine des vendangeurs.
«Es-tu folle? disait Mme Jordy; cette soupe doit être détestable.
—Rien qu'une assiettée! disait la marquise.
—Mais tu viens de déjeuner!
—J'ai faim de cette soupe-là.
—Si tu as faim, retournons à la voiture.
—Non, c'est de la soupe qu'il me faut; demandes-en pour moi, ou j'en volerai. J'en meurs d'envie!
—Des larmes! Oh! ceci devient grave. Je croyais que les envies n'étaient permises qu'à moi. Mais, au fait, qui sait? mangez, madame, mangez.»
La mignonne marquise dévora la portion d'un batteur en grange. Mme Jordy s'étonnait qu'on pût avoir un si farouche appétit lorsqu'on ne mangeait pas pour deux. Elle prit son amie à part, lui adressa mille et une questions, et causa longtemps avec elle. La conclusion fut qu'il faudrait demander l'avis du médecin.
«Nous vous dérangeons? demanda Gaston qui revenait sur ses pas.