—Point du tout, répondit Mme Jordy; nous causions chiffons.

—Ah!

—Mon Dieu, oui. Vous savez que nous travaillons à une layette.

—Eh bien?

—Eh bien, il nous vient une inquiétude sérieuse.

—Et laquelle?

—Nous craignons d'être obligées d'en faire deux.»

Gaston sentit ses jambes plier sous lui: c'était pourtant un homme solide. Il proposa de remonter en voiture et de courir chez le médecin. «Quel bonheur! disait Lucile. Si le docteur dit oui, j'écris demain à maman.»

Le même jour, Mme Benoît monta, à dix heures du matin, dans le célèbre carrosse qu'on venait enfin de terminer, mais en changeant les armes. Avant de gravir l'escalier de velours qui servait de marchepied, elle lorgna complaisamment le tortil du baron et l'écusson des Subressac. Contrairement à l'usage, c'était la mariée qui allait chercher son mari. Elle monta d'un pas léger jusqu'au quatrième étage, sonna vivement, et se trouva face à face avec deux serviteurs en larmes: le baron était mort subitement pendant la nuit. La pauvre mariée éprouva la douleur foudroyante de Calypso lorsqu'elle apprit le départ d'Ulysse. Elle voulut voir ce qui restait du baron: elle toucha sa main froide, elle s'assit auprès de son lit, accablée, stupide et sans larmes. En voyant ce désespoir, le vieux valet de chambre, qui savait la liste des amours de son maître, se dit que personne ne l'avait aimé comme Mme Benoît.