Ce fut Mme Benoît qui pourvut aux funérailles du baron. Elle assura l'avenir de ses vieux domestiques en disant: «Il m'appartient de payer ses dettes: ne suis-je pas sa veuve aux yeux de Dieu?» Elle résolut de porter son deuil. Elle suivit le convoi jusqu'au cimetière. Tout le faubourg y était. Lorsqu'elle vit la longue file de voitures qui s'avançaient au pas derrière la sienne, elle fondit en larmes, et s'écria au milieu des sanglots: «Que je suis malheureuse! Tous ces gens-là seraient venus danser chez moi!»
Comme elle rentrait à l'hôtel, écrasée sous le poids de la douleur, on lui remit la lettre suivante:
«Chère maman,
«Voici la sixième lettre que je vous écris sans obtenir deux lignes de réponse; mais, pour cette fois, je suis sûre du succès. Je ne vous répéterai pas que nous vous aimons, que nous regrettons de vous avoir fait de la peine, que vous nous manquez, que nous commençons à allumer du feu le soir, et que votre fauteuil vide nous met les larmes aux yeux: vous avez résisté à toutes ces bonnes raisons-là, et il faut des arguments plus victorieux pour vous décider. Écoutez donc: si vous voulez être bonne et revenir auprès de nous, je vous donnerai pour récompense.... un petit-fils! Je n'essaye pas de vous dépeindre notre joie; il vaut mieux que vous veniez la voir et la partager.
«Lucile d'Outreville
«Oui-dà, s'écria Mme Benoît, un petit-fils! Et si c'était une petite-fille!»
Elle courut à la cheminée, et poursuivit, en se mirant dans une glace: «J'ai quarante-deux ans; dans seize ans, ma petite-fille fera son entrée dans le monde; ses parents ne sortiront jamais d'Arlange: qui est-ce qui la conduira au faubourg, si ce n'est moi? Chère petite! je l'aime déjà. J'aurai cinquante-huit ans, je serai encore jeune; et d'ici là, je ne ferai pas la sottise de me laisser mourir comme certains vieux maladroits. En route pour Arlange!
—Madame, interrompit Julie, on vient de la Reine Artémise avec des étoffes de deuil.