Au milieu de la joie la plus folle, Léonce sentit au fond de lui comme une révolte d'honnêteté. «Je ne peux pas tromper ces braves gens, se dit-il, et je serais un fripon si j'abusais de leur bonne foi.» Il reprit tout haut: «Monsieur le baron, la noble confiance que vous me témoignez m'oblige à vous donner quelques détails sur....

—Monsieur le marquis, vous m'affligeriez sérieusement en insistant davantage. Je croirais que vous ne vous obstinez à me donner ces renseignements que pour m'obliger à fournir les preuves de mon rang et de ma fortune.»

La baronne appuya ces mots d'un geste amical qui voulait dire: «N'insistez pas, il est susceptible.»

«Allons, pensa Léonce, c'est partie remise. Nous nous expliquerons, bon gré, mal gré, le jour du contrat.»

Mais le baron ne voulut pas entendre parler de contrat.

«Entre gentilshommes, dit-il, ces engagements, ces signatures, ces garanties sont des précautions humiliantes. Aimez-vous Dorothée? Oui. Vous aime-t-elle? J'en suis certain. Alors à quoi bon mettre un notaire entre vous? Je m'imagine que votre amour se passera bien de papier timbré.

—Cependant, monsieur, si l'on vous avait trompé sur mon état....

—Mais, terrible enfant, on ne m'a pas trompé, on ne m'a rien dit. Je ne sais rien de vous, sinon que vous plaisez à ma fille, à ma femme, à moi et à tout l'univers. Je ne veux rien connaître de plus. Est-ce que j'ai besoin de votre argent? Si vous êtes riche, tant mieux. Si vous êtes pauvre, tant pis. Dites-en autant de moi, nous serons quittes. Tenez, voici qui va mettre votre conscience en repos: vous n'avez rien, ma fille n'a rien: vous vous appelez Léonce, elle s'appelle Dorothée, et je vous donne ma bénédiction paternelle. Êtes-vous content?»

Léonce pleurait de joie. On fit entrer Dorothée.