«Mon ami, me dit-il d'une voix pitoyable, on m'a cruellement trompé!

—Déjà!

—Mon beau-père est riche comme moi, noble comme moi: il s'appelle Stock en une syllabe, et il possède pour tout bien une vingtaine de mille francs de dettes.

—Impossible!

—La chose est hors de doute; ma femme m'a tout avoué le soir du mariage. Il n'y avait pas cinq cents francs dans la maison.

—Mais la maison seule en vaut cent mille!

—Elle n'est pas payée. M. Stock était riche il y a cinq ou six ans: il a tenu un certain rang à Francfort, et sa liquidation lui avait laissé plus de trente mille livres de rente. Mais il est joueur comme le valet de carreau en personne. Il a tout perdu à la roulette, au trente et quarante, et à ces jeux innocents dont l'Allemagne se sert si bien pour nous dépouiller. Au commencement de l'hiver, il lui restait de sa splendeur une brochette achetée à bon marché dans les petites cours du Nord, quelques relations honorables, l'habitude de la dépense, la fureur du jeu, et une cinquantaine de mille francs. Il a trouvé ingénieux de placer ce capital sur Dorothée et de venir à Paris jouer son va-tout. Il comptait pêcher en eau trouble, dans ce monde infernal de la Chaussée d'Antin, un gendre assez riche pour le débarrasser de sa fille, pour le nourrir lui-même et sa femme, et lui donner chaque été quelques rouleaux de louis à perdre au bord du Rhin. N'est-ce pas infâme?

—Prends garde, lui dis-je. Sais-tu comment il parle de toi en ce moment?

—Quelle différence! Je ne l'ai pas trompé, moi. Je voulais lui exposer franchement l'état de mes affaires. C'est lui qui m'a arrêté, qui m'a fermé la bouche. Je sais pourquoi maintenant, et sa confiance ne m'étonne plus! C'est lui qui m'a entraîné dans le gouffre où nous roulons ensemble.

—Vous êtes-vous expliqués?