Un jeudi, vers une heure et demie, je partais de l'école pour aller chez eux, lorsque je rencontrai au milieu de la rue d'Ulm un petit homme en veste de velours. C'était une vieille connaissance que j'avais un peu négligée depuis le mariage de Matthieu.

«Bonjour, Petit-Gris, lui dis-je. Remettez votre casquette. Est-ce que vous veniez me voir?

—Oui, monsieur, et je suis bien aise de vous avoir rencontré pour vous demander conseil.

—Il n'est rien arrivé chez vous? Votre femme va bien? Vous travaillez toujours pour la ville de Paris?

—Toujours, monsieur, et j'ose dire que ma femme et moi nous avons un coup de balai qui vous fait honneur. On ne vous reprochera pas de nous avoir placés.

—Ce n'est pas moi, Petit-Gris; c'est un jeune homme de mes amis, à qui je voudrais bien pouvoir rendre le même service.

—M. Matthieu est toujours content? Ces dames ne sont pas malades?

—Merci. Matthieu a un garçon, et toute la famille se porte le mieux du monde.

—Pour lors, monsieur, voici ce qui est arrivé: Ce matin, comme nous revenions de l'ouvrage et que ma femme allait prendre la soupe qu'elle avait mise au chaud dans notre lit, il est entré un monsieur pas très-grand, plutôt petit, un homme de ma taille, enfin, et à peu près de mon âge. Il m'a demandé si j'étais dans la maison du temps de Mme Bourgade. Je lui ai dit ce qui en était, attendu que je n'ai rien à cacher, que je ne fais rien de mal, et que je ne dois rien à personne. Mais quand il a su que je connaissais ces dames, il s'est mis à me questionner sur ceci et sur cela, et avec qui mademoiselle était mariée, et ce que faisait son mari, et ce qu'elle mangeait à dîner, et combien de temps elle était restée dans le quartier, et, finalement, où elle demeurait. Quand j'ai vu qu'il avait l'idée de me confesser, je n'ai rien voulu répondre. Il ne me revenait pas, cet homme-là! Il regardait la maison avec des yeux de riche; on aurait dit que notre chambre lui faisait mal au cœur. J'ai bien compris qu'il était curieux d'avoir l'adresse de M. Matthieu; mais je ne savais pas ce qu'il en voulait faire. J'ai dit que je ne la connaissais point, cependant qu'on pourrait peut-être se la procurer. Là-dessus, il a promis de me bien payer si je la lui apportais. «Monsieur, ai-je répondu, je n'ai pas besoin qu'on me paye, j'ai deux places du gouvernement.» Il m'a laissé son adresse, que je n'ai pas lue, vous comprenez bien pourquoi, et je suis venu vous la montrer, pour savoir ce qu'il faut faire.»