—Parce que tu m'aurais jeté par la portière. Tu n'as pas ta raison, mon pauvre François; M. Auvray te la rendra.

—Je raisonne aussi bien que vous, mon oncle, et je ne sais ce que vous voulez dire. J'ai l'esprit sain, le jugement rassis et la mémoire excellente. Voulez-vous que je vous récite des vers? Faut-il expliquer du latin? Voici justement un Tacite dans cette bibliothèque.... Si vous préférez une autre expérience, je vais résoudre un problème d'arithmétique ou de géométrie.... Vous ne voulez pas?.. Eh bien! écoutez ce que nous avons fait ce matin....

«Vous êtes venu à huit heures, non pas m'éveiller, puisque je ne dormais point, mais me tirer de mon lit. J'ai fait ma toilette moi-même, sans l'aide de Germain; vous m'avez prié de vous suivre chez le docteur Auvray, j'ai refusé; vous avez insisté, je me suis mis en colère. Germain vous a aidé à me lier les mains, je le chasserai ce soir. Je lui dois treize jours de gages, c'est-à-dire treize francs, puisque je l'ai pris à raison de trente francs par mois. Vous lui devrez une indemnité, vous êtes cause qu'il perd ses étrennes. Est-ce raisonner, cela? et comptez-vous encore me faire passer pour fou?... Ah! mon cher oncle, revenez à de meilleurs sentiments! souvenez-vous que ma mère était votre sœur! Que dirait-elle, ma pauvre mère, si elle me voyait ici?... Je ne vous en veux pas, et tout peut s'arranger à l'amiable. Vous avez une fille, Mlle Claire Morlot....

—Ah! je t'y prends! tu vois bien que tu n'as plus ta tête! J'ai une fille, moi? Mais je suis garçon, et très-garçon!

—Vous avez une fille, reprit machinalement François.

—Mon pauvre neveu!... Voyons, écoute-moi bien. As-tu une cousine?

—Une cousine? non, je n'ai pas de cousine. Oh! vous ne me trouverez pas en défaut. Je n'ai ni cousins ni cousines.

—Je suis ton oncle, n'est-il pas vrai?

—Oui, vous êtes mon oncle, quoique vous l'ayez oublié ce matin.