—Monsieur, ajouta le docteur, si nous pouvions donner la fièvre à nos malades, nous les guéririons tous.
M. Morlot se jeta sur son fauteuil. Son neveu continuait à arpenter le cabinet du docteur.
«Monsieur, dit François, je suis profondément affligé du malheur de mon oncle, mais c'est une grande consolation pour moi de pouvoir le confier à un homme tel que vous. J'ai lu votre admirable livre de la Monomanie raisonnante: c'est ce qu'on a écrit de plus remarquable en ce genre depuis le Traité des maladies mentales du grand Esquirol. Je sais, du reste, que vous êtes un père pour vos malades, je ne vous ferai donc pas l'injure de vous recommander M. Morlot. Quant au prix de sa pension, je m'en rapporte absolument à vous.» Il tira de son portefeuille un billet de mille francs qu'il posa lestement sur la cheminée. «J'aurai l'honneur de me présenter ici dans le courant de la semaine prochaine. A quel moment est-il permis de visiter les malades?
—De midi à deux heures. Quant à moi, je suis toujours à la maison. Adieu, monsieur.
—Arrêtez-le, cria l'oncle Morlot, ne le laissez pas partir! C'est lui qui est fou; je vais vous expliquer sa folie.
—Du calme, mon cher oncle! dit François en se retirant. Je vous laisse aux mains de M. Auvray; il aura bien soin de vous.»
M. Morlot voulut courir après son neveu, le docteur le retint:
«Quelle fatalité! criait le pauvre oncle; il ne dira pas une sottise! S'il pouvait seulement déraisonner un peu, vous verriez bien que ce n'est pas moi qui suis fou.»
François tenait déjà le bouton de la porte. Il revint sur ses pas comme s'il avait oublié quelque chose, marcha droit au docteur et lui dit:
«Monsieur, la maladie de mon oncle n'est pas le seul motif qui m'amène.