—Je signerai des deux mains, mon cher père.
—De cette façon, ma responsabilité sera couverte; et si tu viens me dire dans dix ans: «Pourquoi m'avez-vous mariée à un artiste? je te répondrai, preuves en main: C'est toi qui l'as voulu!»
—Je ne me plaindrai jamais, mon excellent père. Mais qu'est-ce qu'ils vous ont donc fait, ces pauvres artistes, pour que vous les jugiez si mal?
—Tu as beau dire, ils forment une caste en dehors de la société. Je comprends les fabricants qui produisent, les négociants qui débitent, les soldats qui illustrent leur pays, les fonctionnaires qui l'administrent. L'artiste est en dehors de tout; les Romains, nos ancêtres, n'en faisaient aucun cas; ils le considéraient comme une superfétation du corps social.
—Fi! les vilains grands mots! Lorsque ce pauvre Henri s'enferme dans son atelier devant ses toiles ou ses panneaux, que fait-il?
—Ce qu'il fait? pas grand'chose: il fabrique des tableaux.
—Ah! je vous y prends. Il fabrique. Il est fabricant. Un peintre est un fabricant de tableaux. Il produit des toiles peintes, comme votre ami M. Cottinet a produit des visières de casquettes!
—C'est bien différent!
—J'en conviens. Et lorsqu'il a fini un tableau, qu'en fait-il? le garde-t-il en magasin?
—Non, il le vend.