—A ton aise, répondit Matthieu. Je crois que tu n'aurais pas été forcé de vivre à Auray. Nos parents se portent bien, Dieu merci! et ils suffisent peut-être à la besogne. Mais dis-moi donc quelle est la valeur miraculeuse sur laquelle tu comptes placer ton argent?
—Ma tête. Écoute-moi posément. De tous les chemins qui mènent un jeune homme à la fortune, le plus court n'est ni le commerce, ni l'industrie, ni l'art, ni la médecine, ni la plaidoirie, ni même la spéculation; c'est.... devine.
—Dame! je ne vois plus que le vol sur les grands chemins, et il devient de jour en jour plus difficile; car on n'arrête pas les locomotives.
—Tu oublies le mariage! C'est le mariage qui a fait les meilleures maisons de l'Europe. Veux-tu que je te raconte l'histoire des comtes de Habsbourg? Il y a sept cents ans, ils étaient un peu plus riches que moi, pas beaucoup. A force de se marier et d'épouser des héritières, ils ont fondé une des plus grandes monarchies du monde, l'empire d'Autriche. J'épouse une héritière.
—Laquelle?
—Je n'en sais rien, mais je la trouverai.
—Avec tes cinquante mille francs?
—Halte-là! Tu comprends que si je me mettais en quête d'une femme avec mon petit portefeuille contenant cinquante billets de banque, tous les millions me riraient au nez; tout au plus si je trouverais la fille d'un mercier ou l'héritière présomptive d'un fonds de quincaillerie. Dans le monde où l'on tiendrait compte d'une si pauvre somme, on ne me saurait gré ni de ma tournure, ni de mon esprit, ni de mon éducation. Car enfin nous ne sommes pas ici pour faire de la modestie.
—A la bonne heure!
—Dans le monde où je veux me marier, on m'épousera pour moi, sans s'informer de ce que j'ai. Quand un habit est bien fait et bien porté, mon cher, aucune fille de condition ne s'informe de ce qu'il y a dans les poches.»