Mais quel parlement demanderons-nous ? Il faudrait s’entendre sur ce point.

Est-ce le parlement qui coupa la tête de Charles Ier ? Est-ce le parlement qui fit guillotiner Louis XVI ?

Est-ce le parlement-croupion qui opposa cette belle résistance au général Lambert ?

Est-ce la Diète polonaise, ce parlement à cheval où le veto d’un gentilhomme pris de vin annulait toutes les délibérations ?

Est-ce le parlement américain, où le revolver dit son mot dans les discussions les plus frivoles ? où l’orateur doit avoir le coup d’œil juste, moins pour démêler le vrai du faux que pour viser en plein gilet ses honorables contradicteurs ?

Est-ce le parlement prussien, où la Chambre des seigneurs et la féodalité résistent obstinément à toutes les réformes ?

Est-ce le parlement anglais, où la Chambre des lords s’amuse incessamment à défaire les lois à mesure que la bourgeoisie les a faites ? Envierons-nous à nos voisins les priviléges aristocratiques de la Chambre haute ? Importerons-nous en France les bourgs pourris, le suffrage restreint, les élections arrosées de bière et égayées par les coups de bâton ? Nos orléanistes ont pris l’habitude de célébrer le gouvernement anglais. Ils nous l’offrent à chaque instant comme un parfait modèle d’organisation parlementaire. Mais ce qu’ils admirent le plus chez nos voisins est précisément ce que nous voulons empêcher ici : l’oppression de la démocratie.

Le souverain, la noblesse, le haut clergé et la riche bourgeoisie de l’Angleterre s’entendent pour régler à l’amiable les affaires du pays, étouffer les masses, écraser l’Irlande, asservir les colonies. C’est la vieille politique du sénat romain, le plus parlementaire et le plus odieux de tous les gouvernements. L’histoire n’a rien connu de plus injuste, de plus oppressif et de plus anti-démocratique que ce parlement orgueilleux qui fit la conquête du monde. Les plébéiens, les esclaves, les alliés étouffaient sous la pression de ces hommes de bien, ces Brutus, ces Caton ! A chaque instant, le peuple entier se jette dans les bras d’un homme pour qu’il en finisse avec le parlement et fonde la démocratie. Marius, Catilina et bien d’autres l’ont essayé ; César l’a fait.

L’histoire romaine est-elle trop ancienne pour servir d’exemple ? Revenons à nos temps et à notre pays.

Que vous semble du parlement de Louis XVIII et de Charles X ? Regrettez-vous la Chambre des pairs qui remporta une si courageuse victoire sur le maréchal Ney ? Faut-il aller chercher dans le passé la Chambre introuvable, ou la Chambre de 1825, qui vota coup sur coup, dans l’espace de huit jours, la loi du sacrilége et le milliard des émigrés ? Il faut croire que ce régime parlementaire pesait à la France, puisqu’elle a fait une révolution pour le secouer.