— Alors, il ne me reste plus qu’à savoir la profession de monsieur votre beau-père.
A cette question, qui le poussait au pied du mur, M. Navailles devint pourpre.
— Mon beau-père, répondit-il, mon beau-père est… comment dirai-je ?… dans le commerce.
Je répondis avec simplicité :
— Le commerce est une profession bien honorable.
Mais, comme le maître de la maison se hâta de parler d’autre chose, un instinct secret m’avertit que je venais de faire quelque sottise.
Lorsqu’on se leva pour prendre le café, je tirai mon voisin à part et je lui dis :
— Si j’ai bien compris le sens de vos coups de pied, ma question à M. Navailles n’était pas des plus discrètes. Maintenant, je vous prie, faites-moi l’amitié de me dire pourquoi.
— Rien de plus simple, répondit-il en souriant. Le beau-père de Navailles est un marchand de fer très-riche et très-estimé, ancien président du tribunal de commerce, officier de la Légion d’honneur, membre-né du jury de toutes les expositions ; je vous fais grâce des et cætera. Mais Navailles ne pouvait pas avouer, sans rougir un peu, que la famille de sa femme n’exerce point une profession libérale.
— Je devine : ces gens-là sont des esprits étroits, bornés, terre à terre, abrutis par le calcul, enfoncés dans leur argent, ignorants de tout le reste. Le beau-frère m’avait laissé une tout autre impression.