» Jahr a pris soin de rédiger une table alphabétique où les symptômes et les médicaments sont rangés comme les chiffres d’une table de Pythagore ou les heures d’un itinéraire des chemins de fer. « Cette table, » dit-il, « pourra être utile au praticien. En la détachant du volume, il pourra l’annexer à son cahier de notes et la consulter facilement pendant qu’il écrira son ordonnance. »

» Comprenez-vous maintenant qu’un assez grand nombre de médecins aient embrassé l’industrie homœopathique ? Si l’on ouvrait un nouveau boulevard aux portes de Paris, un boulevard bien pavé, bien ombragé, bien balayé ; si l’administration paternelle de la ville offrait la table, le logement et des rentes à tous ceux qui consentiraient à se promener là sans rien faire, croyez que la promenade nouvelle serait plus fréquentée que la grande allée du bois de Boulogne, et qu’on y rencontrerait des médecins par douzaine.

— Mais, dis-je à mon ami, pour vous exprimer si librement sur vos confrères, il faut que vous n’ayez pas l’esprit de corps.

— Mais, répondit-il, l’esprit de corps me condamnerait à prendre la défense de tous les docteurs, même lorsqu’ils se font montreurs de somnambules. Je vous mènerai chez une somnambule, un de ces quatre matins, et vous verrez de bien autres jongleries.

— Attendez ! m’écriai-je en l’interrompant ; ce que vous m’avez dit des homœopathes me paraît fort instructif. Je veux l’écrire à ma cousine.

— Parbleu ! mon cher ami, votre cousine aura la primeur de mon livre ; car j’écris, depuis tantôt huit jours, ce que je vous ai dit aujourd’hui.

VIII
LE JURY

Deux procès récents. — Utilité des journaux. — La magistrature et le jury. — Contradiction évidente. — Comment le même accusé peut-il être à la fois innocent et coupable ? — Je voudrais bien concilier le différend. — Difficultés de l’entreprise. — Rencontre d’un homme du bon temps. — Son opinion sur les verdicts prononcés par douze bourgeois. — Regrets du passé. — La gloire d’un magistrat. — Onze têtes en un an ! — Abolition du jury. — Prompte expédition de la justice. — Je réclame. — La vindicte. — La peine. — Le droit de légitime défense. — Une loi qui n’est pas encore votée. — Traitement de l’hydrophobie.

Ma chère cousine,

Puisque ton père est abonné à un journal, tu connais mademoiselle Léonie Chéreau et mademoiselle Angélina Lemoine comme si tu avais été en pension avec elles. Vivent les journaux ! ils forment la jeunesse des deux sexes et lui épargnent l’humiliation d’ignorer quelque chose. Nous avons bien quelques chefs de famille qui voudraient retarder l’instruction de leurs enfants. Ces encroûtés ont soin de cacher la gazette, lorsqu’elle raconte un crime infâme ou simplement un procès scandaleux. Précaution fort inutile. Huit jours après, la gazette sort de son trou. Ce n’est plus qu’un vieux papier sans fraîcheur, sans intérêt et sans danger, du moins à ce qu’on pense. On l’emploie à couvrir des livres d’étrennes, à envelopper des poupées. Et les petites filles de douze ans, après avoir admiré la poupée ou regardé les images, vont dans un coin lire le vieux journal et faire connaissance avec mesdemoiselles Lemoine et Chéreau.