Si les évêques gallicans étaient encore animés du même esprit, si le souverain pouvait voir en eux des successeurs d’Hincmar et la nation des défenseurs du peuple, ni le gouvernement ni la nation ne seraient désarmés en face de la révolte ultramontaine, et nous aurions tort de désespérer de l’épiscopat français.
On parle aussi de Bossuet, nouvel Hincmar, et de la célèbre déclaration de 1682, qui maintint si fièrement les droits de l’Église gallicane contre les prétentions du pape.
Malheureusement, il est prouvé que les évêques gallicans signèrent la déclaration de 1682 pour obtenir du roi la révocation de l’édit de Nantes et les dragonnades. L’histoire nous atteste qu’après le résultat obtenu, tous les signataires de la déclaration écrivirent au pape pour désavouer ce grand acte et humilier l’Église gallicane. Il suit de là que ces héros en habit violet n’ont été gallicans un jour que pour acheter le droit de persécuter les citoyens, et qu’ils sont redevenus ultramontains, la besogne faite.
Bossuet lui-même, le grand Bossuet, ce père de l’Église gallicane, comme on dit en plus d’un endroit, ne paraît pas avoir été plus libéral, ni même plus gallican que monseigneur Parisis, ou monseigneur Dupanloup. Si tu veux lire le mandement ci-joint, qu’un de mes amis m’envoie par la poste, tu te convaincras qu’entre le plus brutal des ultramontains et le plus sublime des gallicans il n’y a pas l’épaisseur d’un cheveu.
MANDEMENT DE MONSEIGNEUR L’ÉVÊQUE DE CONDOM SUR LES AFFAIRES POLITIQUES.
« Dieu est le roi des rois. Il établit les rois comme ses ministres et règne par eux sur les peuples. La personne des rois est donc sacrée, et leur autorité est absolue. Ils sont des dieux et participent en quelque façon à l’indépendance divine. « J’ai dit : vous êtes des dieux, et vous êtes tous enfants du Très-Haut. » (Ps., LXXXI, 6.)
» Considérez le prince dans son cabinet. De là partent les ordres qui font aller de concert les magistrats et les capitaines, les citoyens et les soldats, les provinces et les armées par mer et par terre. C’est l’image de Dieu qui, assis sur son trône au plus haut des cieux, fait aller toute la nature.
» Tout l’État est en lui. En lui est la puissance, en lui est la volonté de tout le peuple. Les sujets lui doivent une entière obéissance. Ceux qui pensent servir l’État autrement qu’en servant le prince et en lui obéissant troublent la paix publique et le concours de tous les membres avec le chef. Le prince ne doit rendre compte à personne de ce qu’il ordonne : quand le prince a jugé, il n’y a point d’autre jugement. Il faut lui obéir comme à la justice même ; sans quoi, il n’y a point d’ordre ni de fin dans les affaires. La crainte est un frein nécessaire aux hommes à cause de leur orgueil et de leur indocilité naturelle. Il faut donc que le peuple craigne le prince. La juste sévérité que Dieu fait éclater si visiblement dans les livres saints doit être en quelque sorte le modèle de celle des princes dans le gouvernement des choses humaines.
» Maintenant, ô rois, écoutez ! On voit auprès des anciens rois un conseil de religion, et les plus sages sont les plus dociles. Nous avons vu Samuel auprès de Saül. Nathan, qui reprit David de son péché, entrait dans les plus grandes affaires de l’État. Ira est nommé « le prêtre de David. » Zabud était celui de Salomon, et il est appelé « l’ami du roi » : marque certaine que le prince l’appelait à son conseil le plus intime. On peut rapporter en cet endroit le conseil du sage : « Ayez toujours avec vous un homme saint, dont l’âme revienne à la vôtre, et qui, voyant vos chutes secrètes dans les ténèbres, les pleure avec vous, » et vous aide à vous redresser.
» Le prince est exécuteur de la loi de Dieu. Il fait sanctifier les fêtes. Moïse fait mettre en prison et ensuite il punit de mort, par l’ordre de Dieu, celui qui avait violé le sabbat. La loi chrétienne est plus douce, mais aussi se faut-il garder de l’impunité. Les ordonnances sont pleines de peines contre ceux qui violent les fêtes, et surtout le saint dimanche. Et les rois doivent obliger les magistrats à tenir soigneusement la main à l’entière exécution de ces lois, contre lesquelles on manque beaucoup, sans qu’on y ait apporté tous les remèdes nécessaires.