» Le prince ne souffre pas les impies, les blasphémateurs, les jureurs, les parjures, ni les devins. « Le roi sage dissipe les impies et courbe des voûtes sur eux. » (Prov., XX, 26.) Il les enferme dans des cachots, d’où personne ne les peut tirer. Ou, comme d’autres traduisent sur l’original : « Il tourne des roues sur eux. » Il les brise, il les met en poudre en faisant rouler sur eux des chariots armés de fer, comme fit Gédéon à ceux de Soccoth et David aux enfants d’Ammon. Le Seigneur dit à Moïse : « Menez le blasphémateur hors du camp, et que tout le peuple le lapide. » (Lévit., XXIV, 13.) Le prince doit exterminer de dessus la terre les devins et les magiciens qui s’attribuent à eux-mêmes ou qui attribuent aux démons une puissance divine. Les lois des empereurs chrétiens, et, en particulier, celles de nos anciens rois, Clovis, Charlemagne, et ainsi des autres, sont pleines de sévères ordonnances contre ceux qui manquaient à la loi de Dieu ; et on les mettait à la tête pour servir de fondement aux lois politiques.

» Le prince doit employer son autorité pour détruire dans son État les fausses religions. Ainsi Asa, ainsi Ézéchias, ainsi Josias, mirent en poudre les idoles que leurs peuples adoraient ; ils en brûlèrent les bois sacrés ; ils en exterminèrent les sacrificateurs et les devins, et ils purgèrent la terre de toutes ces impuretés. « Le prince est ministre de Dieu. Ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée : quiconque fait le mal doit le craindre comme le vengeur de son crime. » (Daniel, III, 96-98.) Il est le protecteur du repos public qui est appuyé sur la religion ; et il doit soutenir son trône, dont elle est le fondement, comme on a vu. Ceux qui ne veulent pas souffrir que le prince use de rigueur en matière de religion sont dans une erreur impie. Autrement, il faudrait souffrir, dans tous les sujets et dans tout l’État, l’idolâtrie, le mahométisme, le judaïsme, toute fausse religion ; le blasphème, l’athéisme même, et les plus grands crimes, seraient les plus impunis.

» Dans la cérémonie du sacre, le roi promet « d’exterminer de bonne foi, selon son pouvoir, tous hérétiques notés et condamnés par l’Église. »

« Honorez le Seigneur de toute votre âme ; honorez aussi ses ministres. » (Ecclésiast., VII, 33.) Le sacerdoce et l’empire sont deux puissances indépendantes, mais unies. Les rois ne doivent pas entreprendre sur les droits et l’autorité du sacerdoce ; et ils doivent trouver bon que l’ordre sacerdotal les maintienne contre toute sorte d’entreprise. Ils ne doivent pas croire, sous prétexte qu’ils ont le choix des pasteurs, qu’il leur soit libre de les choisir à leur gré : ils sont obligés de les choisir tels que l’Église veut qu’on les choisisse.

» Les princes ont soin non-seulement des personnes consacrées à Dieu, mais encore des biens destinés à leur subsistance. Toute la loi est pleine de semblables préceptes. Abraham en laissa l’exemple à toute sa postérité, en donnant à Melchisédech, le grand pontife du Dieu Très-Haut, la dîme des dépouilles remportées sur ses ennemis. Le peuple d’Israël ne se plaignait pas d’être chargé de la nourriture des lévites et de leurs familles, qui faisaient plus d’une douzième partie de la nation. Au contraire, on les nourrissait avec joie. Il y avait, du temps de David, trente-huit mille lévites, sans comprendre les sacrificateurs, enfants d’Aaron. Tout le peuple les entretenait de toute chose très-abondamment, avec leurs familles ; on mettait dans cet entretien un des principaux exercices de la religion et le salut de tout le peuple. Néhémias protégeait les lévites contre les magistrats. O princes ! suivez ces exemples. Prenez en votre garde tout ce qui est consacré à Dieu, et non-seulement les personnes, mais encore les lieux et les biens qui doivent être employés à son service. Protégez les biens des Églises, qui sont aussi les biens des pauvres. Souvenez-vous d’Héliodore et de la main de Dieu qui fut sur lui pour avoir voulu envahir les biens mis en dépôt dans le temple. Combien plus faut-il conserver les biens non-seulement déposés dans le temple, mais donnés en fonds aux Églises ! Quel attentat de ravir à Dieu ce qui vient de lui, ce qui est à lui, et ce qu’on lui donne, et de mettre la main dessus pour le reprendre de dessus les autels !

» La plus grande gloire des rois de France leur vient de leur foi et de la protection constante qu’ils ont donnée à l’Église.

» Les enfants de Clovis n’ayant pas marché dans les voies que saint Rémi leur avait prescrites, Dieu suscita une autre race pour régner en France. Les papes et toute l’Église la bénirent ; l’empire y fut établi. Aucune famille royale n’a jamais été si bienfaisante envers l’Église romaine ; elle en tient toute sa grandeur temporelle.

» Après ces bienheureux jours, Rome eut des maîtres fâcheux, et les papes eurent tout à craindre, tant des empereurs que d’un peuple séditieux.

» Le Saint Esprit a tracé le caractère des conquérants ambitieux qui, enivrés du succès de leurs armes victorieuses, se disent les maîtres du monde. Voici le premier trait d’un conquérant injuste. Il n’a pas plutôt subjugué un ennemi puissant, qu’il croit que tout est à lui. Comme si c’était une rébellion de conserver sa liberté contre son ambition, les guerres qu’il entreprend ne lui paraissent qu’une juste punition des rebelles. Non content d’envahir tant de pays qui ne relèvent de lui par aucun endroit, il croit ne rien entreprendre digne de sa grandeur, s’il ne se rend maître de tout l’univers. Ce superbe roi n’a pas besoin de conseil ; l’assemblée de ses conseillers n’est qu’une cérémonie, pour déclarer d’une manière plus solennelle ce qui est déjà résolu, et pour mettre tout en mouvement. Mais voici un dernier trait : c’est de ne respecter ni connaître ni Dieu ni homme, et de n’épargner aucun temple, pas même celui du vrai Dieu.

» Lorsque Dieu semble accorder tout à de tels conquérants, il leur prépare un châtiment rigoureux. Dieu inspire l’obéissance aux peuples, et il y laisse répandre un esprit de soulèvement. Sans autoriser les rébellions, Dieu les permet, et punit les crimes par d’autres crimes, qu’il châtie aussi en son temps ; toujours terrible et toujours juste. Il n’y a qu’une exception à l’obéissance qu’on doit au prince, c’est quand il commande contre Dieu. Un prince qui se fait haïr par ses violences est toujours à la veille de périr. Ce n’est pas qu’il soit permis d’attenter sur eux ; à Dieu ne plaise ! mais le Saint Esprit nous apprend qu’ils ne méritent pas de vivre.