— Quoi ! ce vin de Champagne ne vient pas de la Champagne ?

— Est-ce qu’il y a une Champagne ?

— Cette eau-de-vie de Cognac ?…

— Nous la faisons nous-mêmes, et je vous prie de croire qu’elle n’en vaut ni plus ni moins.

— Mais vos rasoirs anglais ? vos cigares de la Havane ?

— Rasoirs anglais d’Allemagne, cigares havanais de Hambourg.

— Et le thé, que diable ?

— Thé allemand, mon cher monsieur. Et vive la patrie allemande !

J’étais sérieusement étonné, et je commençais à me dire que la probité varie suivant les climats. Car, enfin, un Rouennais qui ferait ce genre de commerce ne passerait pas pour un honnête marchand, et les tribunaux le condamneraient pour tromperie sur la nature des marchandises. Je regrettai d’avoir amené la conversation sur un texte si délicat, et, pour rompre les chiens, je me mis à regarder un rayon de librairie. Tous nos romanciers y figuraient par rang de taille, depuis M. Mérimée jusqu’à M. Xavier de Montépin.

— Pour le coup, m’écriai-je avec un certain soulagement, voici bien de la marchandise française.