— Française, si l’on veut. Il est possible que ces livres aient été écrits en français ; mais on ne nous disputera pas l’honneur de les avoir imprimés.

— Miséricorde ! des contrefaçons !

— Ah ! vous ne connaissez pas encore le patriotisme allemand.

Je me sentis rougir jusqu’aux oreilles. A mon avis, cousine, la contrefaçon est le plus infâme de tous les vols, car elle ne dépouille guère que des pauvres. Mon hôte prit mon silence pour de l’admiration ; il me montra des statues, des groupes, des objets d’art de toute nature, surmoulés en Allemagne au détriment des artistes français ; des gravures et des lithographies françaises reproduites et gâtées par le patriotisme allemand. Ce spectacle ne diminuait pas positivement mon enthousiasme, mais il ébranlait toutes mes idées. Je m’apercevais que la notion du juste et de l’injuste est fort incomplète chez les Parisiens, et que l’Allemagne a le sens moral beaucoup plus large que nous.

— Attendez ! dit mon hôte, vous n’êtes pas au bout de vos étonnements. Voici un tiroir dont vous me direz des nouvelles. Il est plein de curiosités tout à fait allemandes, et comme on n’en fabrique pas à Paris.

Ici, ma pauvre cousine, permets-moi de me voiler la face. Ni ton âge, ni ton sexe, ni ma pudeur ne me permettent de faire l’inventaire de ce tiroir. Contente-toi d’apprendre qu’il était plein d’images, de moulages et de joujoux curieux sans doute, mais d’une nature indescriptible. « Il faut, me dis-je, que le peuple allemand soit bien honnête au fond, et d’une candeur bien éprouvée, pour qu’il manie sans danger toutes ces malpropretés-là. »

Un tiroir voisin contenait quelques milliers de billets de toutes les loteries royales et grand-ducales. Des loteries en Allemagne ! Tu vois d’ici ma nouvelle stupéfaction. Je n’eus pas le temps de l’exprimer tout haut : une jeune Allemande venait d’entrer dans le magasin, et j’admirais sa beauté suave. Ses cheveux étaient aussi blonds et aussi soyeux que le chanvre le mieux peigné. Simplement vêtue, un petit sac de voyage à la main, elle me parut plus poétique que la Dorothée du chef-d’œuvre de Gœthe. Elle nous salua modestement et acheta diverses choses. Ses emplettes, que je n’aurais pas osé faire, me surprirent tellement, que je lui demandai dans quel pays elle allait. Elle me conta, sans se troubler, qu’elle allait à Paris vivre familièrement avec un homme assez âgé, mais jeune de cœur. Une de ses amies, établie en France depuis deux ans, lui avait procuré cette bonne place. Elle ne craignait point de s’ennuyer, car elle trouverait à Paris plusieurs Allemandes de sa connaissance, établies dans des conditions analogues.

— Voilà, dis-je à mon hôte, un nouveau genre d’exportation.

— Eh ! eh ! répondit-il avec son gros rire cordial ; on vend ce qu’on a.

La jeune fille paya en or ; le marchand lui donna son reste en argent français.