» — Mais d’où vient que tous prennent feu à la fois ?
» — Parce que le diable est déchaîné. »
A cela, nous n’avons rien à dire. C’est un argument sans réplique.
Il se peut, ma chère cousine, que la prose du forgeron François te fatigue à la fin. Je ne veux plus citer qu’un mot, parce qu’il est pittoresque.
Joseph a entendu dire qu’un prince assez généralement écouté en Europe, qu’un bienfaiteur de l’Église, un protecteur du saint-siége, avait voulu donner au pape quelques salutaires conseils. Il demande bien timidement pourquoi le pape n’a rien écouté ?
« — Le pape, répond François, est le père de la chrétienté. C’est à lui de donner des conseils et non d’en recevoir. Est-ce que l’œuf est plus sage que la poule ? »
Que t’en semble, cousine ? N’admires-tu pas avec moi cette métaphore qui représente tous les souverains de l’Europe comme des œufs pondus par le pape ? Espérons que ces pauvres œufs ne se laisseront pas mettre en omelette par le forgeron François !
Je jette la brochure au panier, je me lave les mains et je reprends ma lettre.
Ne me demande pas, cousine, dans quelle imprimerie ni même dans quelle ville ce petit opuscule malpropre s’est publié. Je ne veux pas même te dire en quel patois il est écrit : ma lettre aurait une couleur de délation, et je ne dénoncerai jamais personne. Mais cette lecture m’a inspiré quelques réflexions sérieuses. Laisse-moi les jeter ici comme elles me viennent, et, si le gouvernement les lit par-dessus ton épaule, tant mieux !
Tandis que cette brochure et cent autres pareilles s’impriment librement à plusieurs millions d’exemplaires, un philosophe appelé Proudhon se condamne à l’exil pour échapper à trois ans de prison. Un autre philosophe appelé Vacherot va se constituer prisonnier un de ces jours, et philosopher trois mois sous les verrous.