Dès qu'il fut parti pour le déjeuner, Léon courut chez sa fiancée.

— Tout va mieux, dit-il. Le colonel est beaucoup plus raisonnable. Il a promis de partir aujourd'hui même pour Paris; nous pourrons donc nous marier demain.

Mlle Virginie Sambucco loua fort ce plan de conduite, non seulement parce qu'elle avait fait de grands apprêts pour les noces, mais surtout parce qu'un mariage différé eût été la fable de toute la ville. Déjà les lettres de part étaient à la poste, le maire averti, la chapelle de la Vierge retenue à la paroisse. Décommander tout cela pour le caprice d'un revenant et d'un fou, c'était offenser l'usage, la raison et le ciel lui-même.

Clémentine ne répondit guère que par des larmes. Elle ne pouvait être heureuse, à moins d'épouser Léon, mais elle aimait mieux mourir, disait-elle, que de donner sa main sans la permission de Mr Fougas. Elle promit de l'implorer à deux genoux s'il le fallait et de lui arracher son consentement.

— Mais s'il refuse? Et c'est trop vraisemblable!

— Je le supplierai de nouveau jusqu'à ce qu'il dise oui.

Tout le monde se réunit pour lui prouver qu'elle était folle; sa tante, Léon, Mr et Mme Renault, Mr Martout, Mr Bonnivet et tous les amis des deux familles. Elle se soumit enfin, mais presque au même instant la porte s'ouvrit et Mr Audret se précipita dans le salon en disant:

— Eh bien! voilà du nouveau! Le colonel Fougas qui se bat demain avec Mr du Marnet!

La jeune fille tomba comme foudroyée entre les mains de Léon
Renault.

— C'est Dieu qui me punit, s'écria-t-elle. Et le châtiment de mon impiété ne s'est pas fait attendre! Me forcerez-vous encore à vous obéir? Me traînera-t-on à l'autel malgré lui, à l'heure même où il exposera sa vie?