— Mon ami, car je lui serrais encore la main il y a une demi-heure.

— Mon cher monsieur Gautripon, il est temps que vous entriez dans la voie des explications catégoriques. Votre affaire ne m'avait jamais paru limpide ; mais plus vous m'en parlez, plus il me devient impossible d'y rien comprendre.

— En effet ; mais le peu que je vous ai dit a suffi pour détendre un peu la raideur de votre premier accueil. Si vous n'êtes pas tout près de m'accorder votre estime, vous ne me méprisez plus aussi résolûment que ce matin. Votre mauvaise opinion n'est pas déracinée, je le vois, mais elle s'ébranle. Est-ce vrai?

— Pas encore. Cependant je suis curieux de savoir où vous me conduisez.

— C'est tout ce qu'il me faut. Vous pouvez maintenant écouter l'histoire de ma vie, et vous m'excuserez à l'avance, si le détail en est un peu long.

— Soit.

— Veuillez seulement me promettre deux choses.

— Qui sont?

— La première, de vous battre avec moi, si mon présent et mon passé vous paraissent absolument honorables, s'il n'y a pas dans ce récit une seule circonstance où vous vous seriez conduit mieux que moi.

— Ceci, monsieur, est trop élémentaire pour être mis en question. Après?