— Elle n'arrangeait rien! Cette femme, cet enfant, que veux-tu qu'ils deviennent? M'estimes-tu si peu que tu me croies capable de réépouser ta veuve et d'endosser ton orphelin? Va-t'en au diable avec la famille que tu t'es faite! Il n'y aura jamais rien de commun entre ces créatures et moi. Enlève ton Émilie, et cache-la dans quelque coin ; c'est ton affaire. Quant à moi, je ne reste ici que le temps de me laver les mains, et je retourne à Paris.
— Seul? Et M. Pigat? et mon père? et le monde? Que diras-tu?
— Crois-tu donc par hasard que la bassesse d'autrui puisse changer mes habitudes? Ai-je jamais menti? Je dirai la vérité, jour de Dieu!
— Mon père nous fera mourir de faim, et M. Pigat, si bien que je la cache, viendra tuer sa fille entre mes bras.
— Ton père n'a pas le droit de vous faire expier son propre crime. Quant à M. Pigat, s'il tue sa fille, il fera bien. Si j'étais père (il n'y a plus de danger, grâce à toi), je pardonnerais à mon enfant de s'être laissé séduire ; je serais sans pitié pour celle qui amorce le cœur d'un honnête homme et l'attire dans un guet-apens. Adieu. »
Il se jeta au-devant de moi dans l'attitude classique des suppliants.
« Houss! » lui criai-je. C'est le cri dont on se sert en Lorraine pour chasser les chiens. Le paysan se réveillait en moi.
« Jean-Pierre! ton adieu, c'est notre arrêt de mort.
— Bah! Tu ne parlerais pas tant de mourir, si tu en avais envie! »
Cependant je pris son revolver et je le glissai dans ma poche. Il se méprit sur mon intention et me dit :