— Mais, jour de Dieu! monsieur, qu'est-ce qui vous fait croire que je sois si malade?
— Le besoin absolu que j'ai de vous détruire.
— C'est donc de la superstition? Il faut le dire.
— Mieux que cela, monsieur : c'est de la volonté. Permettez-moi de vous faire observer qu'il est trois heures et que nous sommes en hiver.
— Oh! nous avons le temps. Voilà mon coupé dans la cour. Je pensais faire un tour au bois de Boulogne ; c'est à Vincennes qu'on ira. Mon oncle est à deux pas d'ici ; le colonel Chabot nous attend à Saint-Mandé. J'ai consigné mes troupes, comme vous voyez, en prévision des événements. A propos! vous avez des armes?
— Mon Dieu! oui ; mais, comme je n'y connais rien, je vous prie d'emporter les vôtres à tout hasard. L'armurier du passage Choiseul m'a offert ce qu'il avait de mieux ; vous en direz votre avis. Moi, je n'ai pas de préférence, et pour cause. Je crois que le ballot contient des épées, et des pistolets ; vous choisirez.
— C'est à vous de choisir, ou plutôt à vos témoins ; mais nous pataugeons si drôlement à travers tous les usages!
— Qu'est-ce que ça nous fait, si nous arrivons au but? »
Tout en causant, le marquis décrochait d'une panoplie deux amours d'épées à coquille et deux beaux pistolets de combat. Il sonna son noir, fit serrer les pistolets dans leur boîte et les épées dans son portemanteau. Gautripon le suivait et le regardait faire ; son visage exprimait une curiosité calme. Ces deux hommes descendirent l'escalier côte à côte comme deux bons amis.
« Ainsi, demanda Gautripon, c'est à moi de choisir les armes? Eh bien! je vais dire à Rastoul de demander les vôtres ; elles sont d'un travail plus soigné et naturellement meilleures que les miennes ; mais prendrons-nous l'épée ou le pistolet?