— Je le crois.
— Depuis quand?
— Qui sait? Peut-être depuis le commencement de l'hiver.
— Te l'a-t-il dit?
— Jamais. La seule preuve d'amour qu'il m'ait donnée pendant six mois, c'est de m'inviter à danser de préférence à toutes les autres. On me l'enviait assez! La Russe a fait des pieds et des mains pour obtenir un cotillon avec lui ; elle n'y est jamais parvenue. Moi, je ne regardais cette préférence que comme un hommage rendu à la sagacité avec laquelle j'exécutais les nouvelles figures que nous inventions ; mais ces demoiselles avaient de meilleurs yeux que moi : il y a longtemps qu'elles ont remarqué le plaisir qu'il éprouve à me faire danser, l'empressement avec lequel il me cherche en entrant dans un salon, sa joie dès qu'il m'aperçoit, son désappointement si je n'y suis pas. D'ailleurs il a parlé.
— A qui?
— A ses amis. Il n'a jamais osé me dire qu'il m'aimait, mais il a eu l'imprudence de le laisser voir aux cinq ou six étourdis qui composent sa cour. Ceux-là l'ont appris à d'autres ; ils se sont mis à me persécuter de cet amour, ils ont prétendu que je le partageais, et je ne danse pas avec l'un d'entre eux sans qu'il me dise : « Lello vous aime. »
— Lello vous aime! répéta Mme Feraldi en serrant sa fille dans ses bras. Et que leur répondais-tu?
— Moi? La première fois que Pippo Trasimeni s'amusa à me dire que j'étais aimée et que j'aimais, je lui répondis avec vivacité : « Comment m'estimez-vous assez peu pour croire que je m'amuserais à faire l'amour par passe-temps? — Je ne dis pas cela, reprit-il. — Pardonnez-moi, vous le dites. Le caractère de M. Coromila est connu ; on sait que depuis la mort de son grand-père il a fréquenté des jeunes gens de toute sorte, au lieu de s'en tenir à ceux qui vous ressemblent, Pippo. On répète partout qu'il se joue de la chose du monde la plus sérieuse, l'amour ; qu'il est un de ces hommes qui n'ont d'autre occupation au monde que de tromper notre sexe, et qu'une liaison avec lui ne saurait amener rien de bon. »
— Et Pippo t'a répondu?