« Et, monsignor, balbutia Cocomero, vous croyez qu'il n'y a pas d'imprudence à m'envoyer dans cette maison? Est-ce que l'Anglais du fusil n'y est plus?

— Tiens, tiens! » pensa Rouquette.

Il reprit à haute voix :

« L'Anglais du fusil y est encore ; mais tu es si changé qu'il ne te reconnaîtra pas. Parlons un peu du fusil de l'Anglais. »

Cocomero joignit piteusement les mains.

Le confesseur improvisé poursuivit : « Maître Cocomero, car je sais tous tes noms, fidèle valet de Mme Fratief, on ne vole pas un fusil pour aller faire la chasse aux moineaux!

— Plus bas! monsignor, au nom du ciel! Menico m'avait provoqué ; il m'avait roué de coups, deux fois de suite, dans la cour du palais Coromila et devant la porte de ses maîtres, ces scélérats de Feraldi. Ma patience était à bout : j'ai demandé pardon à Dieu, j'ai fait quatre neuvaines, et puis… on est vif, et un malheur est bientôt arrivé.

— Mais c'est un trésor que cet homme-là, pensa Rouquette. Il déteste les Feraldi, il a déjà servi la Fratief, il sait le métier d'espion, et il loge une balle à cent pas dans la tête d'un homme. Je veux faire sa fortune. »

Il continua tout haut, d'un ton digne et sévère :

« Vous êtes un grand coupable, mais vous pouvez réparer vos crimes. Choisissez entre l'expiation honorable que je vous propose et les peines honteuses que la loi suspend sur votre tête. Vous partirez pour Rome par la voiture de ce soir. Vous irez demain à la brune prendre les ordres de la respectable Mme Fratief ; vous exécuterez aveuglément tout ce que cette sainte femme vous commandera. Vous n'aurez rien à craindre de la justice tant que vous serez exact à remplir les nouveaux devoirs que le gouvernement du saint-père vous impose. Si vous croyez être en butte à quelque vengeance particulière, défendez-vous, sans jamais oublier la prudence. Pour subvenir à vos besoins, vous toucherez tous les mois une somme de vingt écus chez l'intendant des princes Coromila-Borghi. Voici vos gages du mois de mai, et deux écus pour votre voyage. Allez, et souvenez-vous que vous êtes dans ma main. »