— Elle m'en a écrit quelque chose.

— Et vous a-t-elle parlé de sa santé?

— Quoi! serait-elle malade?

— Vous a-t-elle dit que l'ennui la dévorait jusqu'aux os? que la fièvre…

— Parlez, Rouquette, au nom du ciel! ne me cachez rien de ce que vous savez.

— On dit qu'elle ne dort pas, qu'une fièvre la consume, qu'elle est maigre à faire peur, que ses beaux yeux se creusent, que ses couleurs se flétrissent et qu'on ne la reconnaît plus. Sa femme de chambre ne peut plus tenir au régime du couvent et menace de la quitter : que deviendra-t-elle, seule avec ses chagrins?

— Pas un mot de plus, mon ami! je me prendrais moi-même en horreur. J'ai fait, sans le savoir, le métier d'un bourreau ; mais ne croyez pas que je l'aie mise à Saint-Antoine par défiance de mon oncle. J'avais d'autres raisons : je craignais que l'amitié d'un certain jeune homme ne profitât de mon absence pour se métamorphoser en amour.

— Quelle idée, mon cher Lello! La nature vous a-t-elle fait pour être supplanté par personne?

— Non, mais…

— D'ailleurs je vous réponds, moi qui me connais en femmes, que cela est incapable de trahir. Vous savez si je la regarde avec des yeux prévenus : vous m'avez toujours vu la juger très-librement, trop librement peut-être, car je commence seulement à apprécier ses vertus. Eh bien! croyez-en ma parole, Tolla ne vous trahira jamais. »