Lello écrivit à Tolla qu'il lui permettait de quitter le cloître, si elle s'y trouvait toujours aussi mal. Bientôt il la pria de retourner chez ses parents. Sous la dictée de Rouquette, la simple prière se changea en ardent désir, puis en amoroso comando. Enfin il déclara que la présence de sa maîtresse dans ce maudit couvent le mettait au désespoir.

« Si tu persistais, disait-il, tu m'attirerais tant de chagrins, que mes forces physiques n'y tiendraient pas. »

Cependant Tolla persistait.


« J'ai déjà trop enduré, répondit-elle, pour ne pas aller jusqu'au bout. Si je t'obéissais, j'exposerais tout le fruit de mes souffrances. Demande-moi ce que tu voudras, excepté le sacrifice de notre avenir : tu me trouveras soumise à tes volontés et même à tes caprices.

« Qui donc te pousse à me faire sortir d'ici? Cette idée ne vient pas de toi. Veux-tu savoir ce qu'elle vaut? Demande-toi si ceux qui te l'ont inspirée désirent notre union, ou s'ils cherchent à l'empêcher. Tu sais où tendent tous leurs efforts. Irons-nous leur rendre le succès facile en suivant leurs conseils? Est-ce dans notre intérêt qu'ils parlent ou dans le leur? Voudrais-tu qu'après avoir tout fait pour ne leur point laisser d'armes contre nous, j'allasse leur en fournir par un changement de conduite!

« Mes parents approuvent ma persévérance, la marquise Trasimeni m'engage à continuer, le docteur Ély m'a dit qu'on m'admirait dans les plus honorables maisons de Rome ; l'abbé La Marmora jure que je suis perdue si je passe le seuil de la porte ; l'abbé Fortunati, qui de sa vie n'a dit ni oui ni non, avoue que l'idée d'entrer au couvent a été une inspiration du ciel. J'y reste donc. Je l'ai juré, et moi je tiens mes promesses ; ta main seule ou celle de la mort pourra m'en arracher. »


Pendant ces débats, le frère de Lello épousa une Anglaise assez jolie et une dot véritablement belle. Lello, abstraction faite de la dot, reconnut que sa belle-sœur ne soutiendrait pas la comparaison avec Tolla. C'est dans la semaine qui suivit ce mariage que la chambre des lords revêtit sa robe de velours cramoisi doublé d'hermine pour assister au couronnement de la reine, une des plus belles fêtes de ce siècle. Lello, confondu dans les rangs de la légation napolitaine, vit toute la cérémonie. Il mit son célèbre habit de cour à cinq heures du matin, et l'ôta à trois heures après minuit. Il serait mort de faim dans l'intervalle, s'il n'avait eu la précaution d'apporter des gâteaux dans ses poches. Cette mémorable journée et toutes les belles choses qui passèrent sous ses yeux ne lui firent pas oublier Tolla, bien au contraire. N'entendait-il pas crier : « Vive Victoria! » et le nom de Victoria ne brillait-il pas en lettres de feu au milieu de toutes les illuminations? Le lendemain de la fête, plus amoureux que jamais, il écrivit au colonel, sous la dictée de Rouquette, quatre pages d'aveux et de prières. Lorsqu'il eut cacheté l'enveloppe, Rouquette l'embrassa paternellement : « Bravo! lui dit-il, vous agissez en bon neveu et en homme d'esprit. Cette petite lettre est grosse de plusieurs millions. Vous serez aussi riche que votre frère.

— Maintenant, mon cher Rouquette, je vais attendre la réponse de mon oncle à Paris, Londres m'ennuie : je ne comprends pas les enseignes des boutiques, et je trouve que les Anglais ne sont pas polis. »