Pontmartin était alors aux Angles, et c’est de là qu’il me répondit, le 2 janvier 1869:
Un mot seulement, mon cher ami, pour répondre à vos deux dernières lettres. La mienne vous a appris que j’étais encore aux Angles, à 180 lieues du pont des Arts, et beaucoup plus loin, je crois, de la salle des séances du palais Mazarin. Je ne pourrai partir pour Paris que le 1er ou le 2 février, et là seulement je pourrai savoir de quoi il retourne. La note du Français, si elle est, comme je le suppose, de Léon Lavedan, ne signifie pas grand’chose; c’est son amitié qui a voulu risquer ce ballon d’essai. D’autre part, on m’écrit, au contraire, que les trois places vacantes sont déjà prises, que les politiques patronnent M. Duvergier de Hauranne, que Mgr l’évêque d’Orléans protège M. Franz de Champagny, et que, pour le fauteuil de l’insignifiant Empis, la majorité se décidera à faire une concession du côté des auteurs dramatiques ou autres candidats portés par la minorité. Vous voyez, cher confrère et ami, que, même sans tenir compte de mon penchant invétéré à l’abstention, la plus grande réserve est ici de rigueur, surtout si ceux que je dois regarder comme mes patrons naturels ont déjà jeté les yeux sur d’autres candidats...
La triple élection fut fixée au 29 avril; le 2, le Figaro annonçait, dans ses Échos de Paris, la candidature de Pontmartin au fauteuil d’Empis; il prit aussitôt la plume et rectifia en ces termes la nouvelle:
Vendredi, 2 avril 1869.
Monsieur et cher confrère,
Je lis à l’instant dans vos spirituels Échos de Paris: «Les autres candidats sérieux à l’Académie sont, en première ligne, MM. Duvergier de Hauranne et Armand de Pontmartin.»
J’ignore si je suis sérieux; mais je puis vous affirmer que je ne suis pas candidat. Pourtant je me serais contenté du plaisir de vous lire, sans vous donner l’ennui de recevoir ma réponse, si je n’avais deux motifs et deux excuses.
D’abord, si bien pensant, si catholique et si voltigeur de 1815 que je sois, mon abstention me donne le droit de ne pas servir de repoussoir à Théophile Gautier, dont j’ai pu quelquefois combattre les doctrines, mais dont j’appelle l’élection de tous mes vœux, et dont j’admire le prodigieux talent.
Ensuite, parce que mes parents et mes amis de province, ne voyant pas même figurer mon nom, escorté d’une minorité consolante, dans le scrutin du 29 avril, pourraient croire à la plus radicale et à la plus grotesque des défaites, là où il n’y aura pas eu même de lutte et de tentative.