Le cercueil était porté sur un brancard par les hommes des Angles, fiers de donner à celui qui avait été leur ami ce témoignage de respect et d’affection.
Le deuil était conduit par le fils du défunt, le comte Henri de Pontmartin, par son beau-frère le comte de Montravel, par son neveu M. de Froissard-Broissia, et M. Théodore de Montravel, son cousin germain. Derrière venait toute la population de la commune, et, avec elle, la plupart des notabilités avignonnaises ou des environs, les représentants de la presse conservatrice régionale, un des grands-vicaires de Mgr Vigne, archevêque d’Avignon, et plusieurs membres du clergé régulier et séculier.
Le long et pieux cortège gravit lentement la pittoresque montagne, qui lui faisait un cadre merveilleux, avec ses chemins sinueux, avec sa verdure naissante, avec ses rochers aux plantes sauvages. Dans le ciel limpide brillait un soleil de printemps, qui donnait un air de fête à cette scène de deuil, mais d’un deuil chrétien tout rempli de saintes consolations et d’immortelles espérances.
L’église était trop étroite pour recevoir la nombreuse assistance; par une touchante attention, les habitants des Angles s’abstinrent d’y pénétrer, la laissant tout entière à la disposition des amis et connaissances du maître, venus du dehors pour assister à ses funérailles.
Le curé des Angles célébra le saint sacrifice; le curé de Villeneuve donna l’absoute. De ferventes prières s’étaient élevées de tous les cœurs quand le prêtre avait invoqué de Dieu les joies éternelles en faveur de celui qui l’avait fidèlement servi: ut quia in te speravit et credidit... Gaudia æterna possideat; quand il avait dit à la Communion de la Messe: Beati mortui qui in Domino moriuntur!
Le cimetière du village est situé au sommet même de la montagne, avec une vue magnifique au nord et au sud sur tout le pays environnant, jusqu’au Ventoux, d’un côté, et, de l’autre, jusqu’aux Alpines.
Trois discours furent prononcés: par M. le baron de Roubin, au nom de la famille, au nom des habitants des Angles et du canton de Villeneuve; par M. Charles Garnier, rédacteur de la Gazette du Midi, au nom de la presse, et plus spécialement de la presse méridionale; par M. Rochetin, au nom de l’Académie de Vaucluse. Le talent et les œuvres de l’écrivain furent dignement loués; mais, au moment de fermer ces pages, je veux oublier l’auteur; je ne veux me souvenir que de l’homme et de l’ami, du royaliste et du chrétien. Je ne veux retenir de ces hommages funèbres que ces paroles de M. de Roubin, l’un des témoins de sa vie:
mand de Pontmartin a voulu passer ses dernières années, il a voulu mourir dans la maison paternelle... Il ne pouvait mourir ailleurs celui qui était aux Angles et dans son canton la providence de toutes les infortunes.
Heureux d’employer son superflu au secours des malheureux et de toutes les œuvres charitables,—ces sentiments qui lui avaient été légués par ses pères, il les a si parfaitement transmis à son fils, que les pauvres, à l’avenir, s’apercevront à peine que ce n’est plus la même main qui donne...