J’ai déjà lu, Monsieur, ces aimables pages, très ingénieuses, d’une critique indulgente et de la meilleure compagnie. Elles me sont arrivées hier; votre lettre arrive aujourd’hui comme une confirmation de vos déférences pour un bel esprit qui se trompe, et qui bien vite est revenu au respect de la profession.

Soyons des premiers, les uns et les autres, à honorer l’art de bien dire et de bien faire; et si, par malheur, quelqu’un des nôtres insulte à l’art même qu’il exerce, ayons soin de jeter sur sa faute un pan de notre manteau, gardant le reste du manteau pour nos jours de défaillance!

Et vous avez eu raison, même en lui donnant tort pour cette fois, de bien parler de M. de Pontmartin: son mérite et son talent, tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il doit faire encore, plaident en sa faveur. C’est un grand esprit, mieux encore, un homme d’honneur, grand ennemi des forces injustes, grand partisan des libertés que nous avons perdues, opposé à toutes les usurpations de toute espèce. Les lettres françaises feraient une grande perte en perdant M. de Pontmartin.

Encore une fois, vous êtes dans les bons sentiers; vous y marchez d’un pas léger, et votre parole a l’accent vrai.

Soyez le bien remercié pour votre sympathie, et comptez sur toutes les déférences de votre ancien[307].

Toutes ces choses sont bien loin. Quand un combat s’émeut entre deux essaims d’abeilles, il suffit, pour le faire cesser, de leur jeter quelques grains de poussière. Cette bruyante mêlée, provoquée par les Jeudis de Madame Charbonneau, et à laquelle prirent part les abeilles—et les frelons—de la critique, a pris fin, elle aussi, il y a longtemps. Il a suffi, pour la faire tomber, d’un peu de ce sable que nous jettent en passant les années:

Hi motus animorum atque hæc certamina tanta
Pulveris exigui jactu compressa quiescunt.

De tout ce bruit, de cette querelle littéraire autrefois si fameuse, il ne reste plus aujourd’hui qu’un souvenir à demi effacé et un «diable de petit livre»,—non le volume rose ou bleu édité par Michel Lévy, mais celui qui parut dans la Semaine des Familles, où il faudra bien qu’on aille le chercher un jour,—un petit livre ingénieux, charmant, spirituel au possible,—et qui vivra.