Le beau-père d’Autran, M. Bec, était célèbre sur tout le littoral de la Méditerranée par l’exquise finesse de son goût et le génie de son cuisinier; il aurait rendu des points à Brillat-Savarin et à Grimod de la Reynière, et c’est lui qui fut l’inventeur des trois côtelettes grillées l’une sur l’autre, et dont un gourmand ne mange que celle du milieu. Le poète avait hérité du Chef de son beau-père, et c’est sans doute en souvenir des plantureux menus de La Malle, de Pradine et de l’hôtel de la rue de Montgrand, que Pontmartin ajoutait, dans sa lettre du 20 février:

Là-dessus, cher ami, je vous quitte; voici, d’aujourd’hui au 20 mars, date mémorable! mon menu qui ne vaut pas ceux du baron Brisse:

Samedis de la Gazette, purée à la Chambord.

Mercredis de l’Univers illustré, sauce aux câpres, pointes d’asperges au gros sel.

Une notice sur M. Thiers pour l’Illustration; salade composée (se mange avec des oublis).

Un roman pour le Figaro, flanqué de petits fours!

Et tout cela parce qu’un chimiste a inventé la fuchsine, parce que pour moi fuchsine rime avec ruine, en ce sens que cette poudre tue à tout jamais nos garances.

Pontmartin parle ici de ses mercredis de l’Univers illustré, où il faisait à ce moment le Courrier de Paris, pour suppléer le courriériste en titre, M. Paul Parfait[329], absent ou empêché. Outre qu’il obligeait ainsi son éditeur et ami M. Michel Lévy, le propriétaire du Magazine, ces chroniques, où il excellait, l’amusaient. Trois ans de suite—1866, 1867, 1868—il lui arriva de faire, pendant plusieurs mois ou plusieurs semaines, l’intérim de M. Parfait. Son nom, d’ailleurs, ne paraissait pas. Les Courriers de Paris étaient uniformément signés Gérôme. Mais quand Pontmartin tenait la plume, les lecteurs s’apercevaient bien vite qu’on leur donnait, non plus seulement du Parfait, mais du plus que parfait.

Les Idées de Mme Aubray, dont les hôtes de La Malle avaient eu la primeur, furent jouées au Gymnase le 16 mars 1867. Quelques semaines plus tard, Pontmartin rendait compte en ces termes, à Autran, de la première représentation et de ses suites: