Dans sa lettre d’envoi à Henri de Pène, Pontmartin disait:
...Séraphine m’a paru, comme à la plupart de ses juges, plus dramatique que juste, plus intéressante qu’impartiale. La véritable question demeure intacte: Sardou ne l’a pas vue, ou il l’a redoutée.
Il n’y a, selon moi, que deux manières de traiter ce sujet, si actuel, de la Dévote: ou le léger croquis à la plume qui nous montre une femme à la fois catholique et mondaine, allant le matin à l’église, le soir au bal ou au spectacle, se passionnant pour le prédicateur à la mode et inventant de bonnes œuvres pour le plaisir d’organiser une fête, où elle inaugure une nouvelle toilette: mais on ne fera rien de mieux, en ce genre, que la Vie parisienne; la veine me semble épuisée, et ce n’est d’ailleurs que la surface du sujet.
Ou bien—et c’est ici que le drame pourrait prendre de plus larges proportions—la Dévote vraie, sincère, émouvante et irritante tout ensemble: avec son bien et son mal, les embarras qu’elle entraîne dans la vie d’un homme d’imagination, mais aussi la sécurité qu’elle apporte au foyer d’un homme d’honneur. De là des conflits, des contrastes, des alternatives de comique et de pathétique, dont un maître tel que Victorien Sardou pourrait, je crois, tirer un grand parti.
Je me couvrirais de ridicule, mon cher ami, si je vous disais que, dans la Revanche de Séraphine, j’ai eu la prétention de faire ce que je viens d’indiquer. Déclarer que cette esquisse est injouable, ce n’est pas assez. J’ai voulu seulement répondre à votre appel, en écrivant une page de critique dialoguée, vivante, résumée en quelques personnages, ou mieux encore, comme dirait un joueur de whist, une invite à un véritable auteur dramatique—et pourquoi pas à Sardou lui-même?—pour s’emparer de mon germe d’idée et en faire une vraie pièce.
Pontmartin faisait trop bon marché de son esquisse. La Revanche de Séraphine n’était pas si injouable que cela. C’est une vraie pièce, bien conduite, émouvante par endroits, toujours spirituelle. Peut-être, s’il l’avait voulu, s’il eût récidivé, s’il s’y était appliqué sérieusement et avec suite, peut-être l’auteur des Samedis aurait-il réussi au théâtre, comme il avait réussi dans le roman.
IV
Le 1er mars 1869, Lamartine mourait à Passy, pauvre, oublié, dans l’ombre et le silence,—heureux pourtant, car il avait à son chevet des amis véritables, une nièce, ou plutôt une fille, digne de porter son nom, Mme Valentine de Lamartine, un prêtre qui allait mériter bientôt la palme du martyre, celui-là même qui avait reçu le dernier soupir de Chateaubriand, l’abbé Deguerry, curé de la Madeleine. Il mourait fidèle au Dieu de son berceau, pressant sur ses lèvres ce Crucifix qu’il avait célébré, dans ses Méditations, en vers impérissables.
Quatre jours après, Pontmartin me mandait ce qui suit:
Paris, vendredi 5 mars 1869.