II
Ses angoisses patriotiques, les victoires de la Prusse, aggravées et envenimées par les victoires de la démagogie, le mauvais état de sa santé, tout se réunissait pour accabler Pontmartin.
Il dut obéir à l’ordre de son docteur, qui voulut absolument le renvoyer à Cannes. Le 7 janvier 1871, il s’y installait, à la villa des Dames de la Présentation; peu de jours après, je recevais de lui une lettre où il me disait: «Nous sommes venus nous réfugier sur cette plage, presque déserte cet hiver, comme de véritables naufragés. Je sens que je ne résisterai pas à ces cruelles épreuves. A bout de forces, atteint d’anémie, le cœur déchiré par les malheurs de notre chère France, ayant vu sombrer tout ce qui fait le bonheur ou, du moins, le repos du père de famille et du citoyen, je me fais à moi-même l’effet de mon propre spectre, errant sur ce littoral où je retrouve les ombres de Cousin et de Mérimée[373]...»
Il devait y rester jusqu’au 17 avril 1871, ce qui lui permettra de dire plus tard: «J’ai eu, moi aussi, mes Cent Jours[374].»
Au commencement de mars, les Lettres d’un intercepté parurent à Lyon, chez les libraires Josserand et Pitrat. La vente avait lieu au bénéfice des blessés et prisonniers de l’armée française. Pontmartin écrivit, à cette occasion, au directeur du Figaro:
Cannes (Alpes-Maritimes), 12 mars 1871.
Mon cher chef,
La réapparition du Figaro, au cercle de Cannes, a été pour nous tous une joie, si toutefois ce mot est encore français. Je vois que votre journal se porte mieux que jamais: en quoi je ne lui ressemble guère. N’importe! mon indignation contre les hommes du 4 Septembre a suppléé à mes forces absentes, et il en est résulté, sous le titre de Lettres d’un intercepté, un volume que je vous recommande, parce que vous aimez à traduire en bonnes œuvres la popularité du Figaro, et que le volume se vend au bénéfice des victimes de la guerre. La succursale lyonnaise de la maison Hachette a dû, sur ma recommandation expresse, vous en adresser deux ou trois exemplaires. Je n’ajoute rien; les grandes douleurs ne doivent pas être bavardes. Je me borne à vous demander la charité pour des blessés, des prisonniers et un malade, et je suis tout à vous.
Lorsqu’il revint aux Angles, le 18 avril, sa santé ne s’était guère améliorée, mais le courage et la force morale lui étaient revenus, comme en témoigne la lettre suivante, qu’il m’écrivait le 24 mai: