Mardi 21 mai.—Au dîner des Spartiates, le général Schmilz parle de la capitulation de Sedan, comme d'une chose honteuse, et que n'absout pas la nouvelle portée des canons, et laisse entrevoir, hélas, que la conservation des bagages, assurés aux officiers, a amené quelques-uns à donner leurs signatures à cette honte. Un beau mot du général de Bellemare qui refusait de signer, et auquel un signataire disait:
«Mais c'est du roman que vous faites là!
—Qui sait, si ce ne sera pas de l'histoire, dans quelque temps!» riposta le général.
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Vendredi 24 mai.—Nombre de choses à Paris coûtent cher à l'inconnu, à l'anonyme, coûtent bon marché au monsieur notoire, à l'homme connu. Un membre du Jockey-club peut offrir un louis à une lorette en renom, et le duc de Larochefoucault, trois cents francs, par an, à un domestique. Le curieux c'est que la fille et le domestique, s'il acceptent, font une bonne affaire.
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Samedi 25 mai.—Toutes les aristocraties sont destinées à disparaître. L'aristocratie du talent est en train d'être tuée par le petit journal, qui dispose de la gloire, et n'en débite que pour les siens. Il organise dans la République des lettres, une espèce de démocratie, où les premiers rôles seront exclusivement tenus par des reporters ou des cuisiniers de journaux: les seuls littérateurs que connaîtra la France, dans cinquante ans.
Un seul grand artiste à l'Exposition, un seul: Carpeaux. La meilleure définition que l'on pourrait donner de son talent, c'est qu'il est le premier qui ait mis dans le bronze et dans le marbre, la vie nerveuse de la chair.
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Dimanche, 26 mai.—Le manifeste de l'école réaliste, on ne va guère le chercher où il est. Il est dans Werther, quand Goethe dit par la bouche de son héros: «Cela me confirme dans ma résolution de m'en tenir uniquement à la nature.» Et il ajoute: «Toute règle, quoi qu'on dise, étouffera le sentiment de sa nature et sa véritable expression.»