Et il en a été toujours ainsi, toute ma vie. Je me reposais de la composition d'un bouquin, par la composition originale d'une collection particulière, d'un meuble, d'une reliure.

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Vendredi 31 mars.—Risum teneatis!—Jules Vallès est ministre de l'instruction publique. Le bohème des brasseries occupe le fauteuil de Villemain. Et, il faut le dire cependant, dans la bande d'Assi, c'est l'homme qui a le plus de talent et le moins de méchanceté. Mais la France est classique de telle sorte que les théories littéraires de cet homme de lettres font déjà plus de mal au nouveau gouvernement, que les théories sociales de ses confrères. Un gouvernement, dont un membre a osé écrire qu'Homère était à mettre au rancart, et que le MISANTHROPE de Molière manquait de gaieté, apparaît au bourgeois, plus épouvantant, plus subversif, plus anti-social, que si ce gouvernement décrétait, le même jour, l'abolition de l'hérédité, et le remplacement du mariage par l'union libre.

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Samedi 1er avril.—Quelque chose me révolte dans ce gouvernement de la violence et de toutes les extrémités: c'est sa débonnaire résignation au traité de paix, c'est sa lâche soumission aux conditions déshonorantes, c'est, le dirai-je, son amicalité presque, pour les Prussiens.

Les préliminaires de la paix, voilà le seul fait accompli trouvant grâce devant ces hommes, en train de jeter tout à bas, et cela, sans qu'une voix proteste. A Dieu ne plaise que je ne le demande, mais je m'étonne, et je ne puis comprendre, que dans ce moment d'effervescence, de bouillonnement, de furie, il n'y ait pas un peu de l'emportement des esprits, qui ne se tourne irraisonnablement contre les Allemands.

Je constate tristement, que dans les révolutions actuelles, le peuple ne se bat plus pour un mot, un drapeau, un principe, une foi quelconque, faisant de la mort des hommes un sacrifice désintéressé. Je constate que l'amour de la patrie est un sentiment démodé. Je constate que les générations contemporaines ne s'insurrectionnent que pour la satisfaction d'intérêts matériels tout bruts, et que la ripaille et la gogaille ont seules, aujourd'hui, la puissance de leur faire donner héroïquement leur sang.

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Dimanche 2 avril.—Canonnade, vers les dix heures, dans la direction de Courbevoie. Bon, la guerre civile est commencée! Ma foi, quand les choses en sont là, c'est préférable aux égorgements hypocrites… La canonnade s'éteint… Versailles est-il battu?… Hélas! si Versailles éprouve le plus petit échec, Versailles est perdu! Quelqu'un qui vient me voir, me dit que d'après des paroles qu'il a saisies dans les groupes, il craint une défaite.

Je pars de suite pour Paris. J'étudie la physionomie des gens, qui est comme le baromètre des événements dans les révolutions; j'y trouve comme un contentement caché, une joie sournoise. Enfin un journal m'apprend que les Bellevillais ont été battus.