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Dimanche 30 avril.—Thiers et Dufaure, en repoussant la conciliation, sont parfaitement logiques. Que dire des journalistes demandant, dans une colonne, la conciliation avec des gens, contre lesquels, dans une autre colonne, ils réclament l'application de tel ou tel article du Code pénal.
Ce soir, le Paris du dimanche qui ne possède plus de banlieue; qui n'a plus de cafés-concerts en plein air, passe sa soirée au bas de l'avenue des Champs-Elysées, assistant à la canonnade, comme à un feu d'artifice.
Du reste, la guerre civile fait grandement les choses. Ce soir, canons et mitrailleuses ne s'interrompent pas une minute. Dans le ciel pluvieux, au-dessus des ormes sans feuilles des Champs-Elysées, dans la direction des Ternes, se déroule un grand nuage rouge, que colorent, d'un feu renaissant, trois incendies dévorant des maisons. Sous l'impression lugubre, dans les groupes noirs, les femmes maudissent les Prussiens de Versailles; des orateurs parlent, avec des cuirs et des larmes dans la voix, de l'exploitation de l'ouvrier; et des ivrognes crient: A bas les voleurs! en regardant les bourgeois dans le nez.
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Lundi 1er mai.—Des bataillons revenant d'Issy et traversant le boulevard, précédés d'une joyeuse musique, d'un tapage de gaieté, qui fait contraste avec la mine piteuse des hommes, et la prostration dans laquelle ils marchent. Au milieu d'eux marque le pas une femme, le fusil sur l'épaule. Derrière suivent deux voitures pleines de fusils. On dit, dans la foule, que ce sont les fusils des morts et des blessés.
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Mardi 2 mai.—Depuis le 18 mars, je n'ai pas vu à l'étalage d'un seul changeur un billet, un louis, une pièce de cinq francs. C'est peut-être le plus topique témoignage de la confiance qu'inspire à l'Argent, la Commune.
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Mercredi 3 mai.—Des femmes de coiffeurs, il y en a encore à Paris, mais des coiffeurs peu, et des garçons coiffeurs, pas du tout, en sorte que, pour se faire couper les cheveux, on est obligé de faire cinq ou six boutiques.