Lundi 9 octobre.—Les cérémonies mortuaires des gens que j'aime, me donnent une absence de l'existence qui n'est pas sans charme. Il me semble que le restant de ma vie demi-morte se perd et s'efface dans des bruits de cloche, des psalmodies, des murmures d'orgue, des pleurs de femmes, des bruits douloureux et doux à la fois.
Pauvre salle à manger, si riante, si proprette, et dont ma cousine voulait le parquet si luisant; aujourd'hui elle était toute boueuse des semelles des porteurs de sa bière.
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17 octobre.—Notre dîner de Brébant commence à être complètement abêti par l'élément grammairien, qui y a trop de coudes à table.
Un joli mot de Saint-Victor à propos de l'éducation universelle: «F… pour moi, j'aime mieux un homme élevé par une ballade que par la prose de Timothée Trimm!»
Quelqu'un fait la remarque que les Allemands contemporains qui ont toutes les sciences, manquent absolument de celle de l'humanité, qu'ils n'ont pas, à l'heure qu'il est, un roman, une pièce de théâtre.
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18 octobre.—L'affusion froide a un effet instantané sur le moral. Elle le relève et le décide à l'activité, quand il se sent vaincu par le manque de vouloir. Après la pluie, on fait ce qu'on a à faire.
Je tombe sur Flaubert, au moment où il part pour Rouen: il a sous le bras, fermé à triple serrure, un portefeuille de ministre, dans lequel est enfermée sa TENTATION DE SAINT ANTOINE. En fiacre, il me parle de son livre; de toutes les épreuves qu'il fait subir au solitaire de la Thébaïde, et dont il sort victorieux. Puis, au moment de la séparation, à la rue d'Amsterdam, il me confie que la défaite finale du saint est due à la cellule, la cellule scientifique. Le curieux, c'est qu'il semble s'étonner de mon étonnement.
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