Mercredi 21 septembre.—Aujourd'hui, anniversaire de la proclamation de la République, une manifestation de vieux voyous et de jeunes titis, portant devant eux une grande toile, sur laquelle est peinte une figure de la Liberté, transpercée de la lumière des torches qu'ils portent derrière la toile—un vrai transparent de l'Ambigu qui vous dégoûte de la liberté et de ce peuple de cabotins.

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Jeudi 22 septembre.—Sur les hauteurs du Trocadéro; dans l'air ventilant, et tout sonore de l'incessant tambourinement du Champ-de-Mars, des groupes de curieux, au milieu desquels des Anglais corrects, l'étui des courses au dos, tiennent avec des gants glacés, d'énormes jumelles. On voit des jeunes filles, d'une main maigrelette, soulevant avec de jolies maladresses une longue lunette d'approche, tandis qu'elles se bouchent enfantinement un œil, de l'autre main. De distance en distance, les télescopes, qui, pendant la paix, regardent le soleil et la lune, sont braqués sur Vanves, Issy, Meudon, et au milieu des curieux, pyramide sur une petite échelle, un mobile, le fusil au dos, et l'œil au verre grossissant. L'horizon n'est que brouillard et poussière, avec quelques fumées blanches, qu'on suppose des fumées de coups de canon.

En arrière des lorgnettes et des télescopes, éclate la bruyance de garçonnets de quatorze ans, formés en compagnies, et portant, comme drapeaux, des planchettes fixées sur de longues lattes, où se trouve écrit: «Aides d'ambulance, Aides de génie, Aides pompiers: bataillons de gavroches, qui, la cigarette au coin de la bouche, s'improvisent acteurs de la révolution dans du tapage, et quelque chose qui ressemble à une émeute de momaques. Il y a là des frimousses de toutes sortes et des blouses de toutes couleurs, au milieu desquelles sont embrigadés de pâles enfants de troupe, et de roses petits mitrons, à la toque blanche.

Ce soir, en descendant du chemin de fer, tous les voyageurs d'Auteuil regardent, avec un certain sérieux, l'espèce d'armoire blindée, dans laquelle se tiennent à partir d'aujourd'hui les chauffeurs.

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Vendredi 23 septembre.—Pélagie se vante de n'avoir aucune peur, déclare que cela lui semble de la guerre pour rire. En effet, la terrible canonnade de ce matin, ce n'est guère, comme elle le disait, que le bruit de tapis qu'on secoue. Mais attendons.

Au Palais de l'Industrie, un cercle de femmes et d'hommes, rangés autour de la petite porte de gauche, attendant, dans l'attente d'un cœur serré, les voitures qui doivent ramener les blessés.

Toujours sur le pavé de la place Vendôme, en face de l'Etat-major de la place, des groupes expectants, agités par tout ce qui y vient, tout ce qui y entre; tout ce qu'on y amène, tout ce qui en sort. J'en vois sortir, entre deux mobiles, un homme pâle, à casquette blanche. On me dit que c'est un maraudeur, qu'on fusillera demain. Dans les vivats de la foule, j'y vois entrer un vieux curé, gaillardement en selle sur un cheval, qu'on reconnaît pour un cheval prussien. Les grandes bottes montant aux cuisses, le brassard à la croix rouge au bras, il apporte, à franc étrier, des renseignements sur le combat, dont il sort.

C'est terrible pour le détraquage de la machine, ces hauts et ces bas de l'espérance; c'est mortel, ces illusions que les plus sceptiques acceptent au contact de la foule, à toutes les fausses bonnes nouvelles volant sur toutes les bouches, à la contagion du gobage des multitudes crédules:—illusions que détruit tout d'un coup la rédaction sèche du rapport officiel.