Décidément, je trouve mes amis trop supérieurs à l'humanité, et je sors de chez Brébant, presque colère!

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Mercredi 30 novembre.—Depuis une heure du matin, jusqu'à onze heures, la canonnade sans interruption, une canonnade si pressée, que le coup de canon n'est plus perceptible, et qu'il semble que c'est l'interminable grondement d'un orage, qui ne se décide pas à éclater. Cela a aussi quelque chose d'un déménagement céleste, où des Titans remueraient sur votre tête les commodes du ciel.

Je suis dans le jardin de Gavarni, devenu une espèce d'observatoire pour le passant, qui y entre par la brèche du mur, jouissant avec mes voisins, gardes nationaux et blousiers, de cet ébranlement du ciel, paraissant par moments se communiquer au sol, que j'ai sous les pieds.

La canonnade dure toute la journée: toute la journée ces roulements et ces grondements de la mort; pas une seconde, sans une succession de ces foudres, et qui, à la distance où elles sont, mettent à l'horizon, comme les coups de ressac d'une grande mer.

Je suis un peu souffrant. Je n'ai pu aller cet après-midi à Paris. Je prête l'oreille au bruit de la rue, qui vous raconte le bon ou le mauvais des choses publiques, avec le pas du passant, avec le son de sa voix: rien. Ce soir, la rue ne dit rien.

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Jeudi 1er décembre.—Rue de Tournon, à la clarté des bougies, courant sous une porte cochère, et éclairant de leurs lueurs voltigeantes la lividité d'une face, coiffée d'un mouchoir à carreaux, je vois descendre d'une tapissière, un corps raidi dans une immobilité de cadavre, et dont s'échappe un cri, à chaque tâtonnement des mains, qui le portent à l'ambulance. C'est un mobile qui a eu la cuisse cassée, hier à onze heures du matin, et qu'on vient de ramasser sur le champ de bataille, aujourd'hui à la nuit.

Dans l'omnibus, j'ai à côté de moi un carabinier parisien, tenant sur les genoux un casque prussien de la garde royale. Il parle de l'élan des troupes, des zouaves qui, à l'attaque de Villiers, ont été admirables, et d'une compagnie, dont quatre hommes seuls, n'ont pas été touchés.

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