Le jour de l'an de Paris de cette année, il réside dans une douzaine de misérables petites boutiques, semées, çà et là, sur le boulevard, où des marchands grelottants offrent des Bismarck, caricaturés en pantins, aux passants gelés.
Ce soir, je retrouve, chez Voisin, le fameux boudin d'éléphant, et j'en dîne.
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ANNÉE 1871
Dimanche 1er janvier.—Quel triste jour pour moi, que ce premier jour des années que je vais être condamné à vivre seul!
La nourriture actuelle, les interruptions perpétuelles du sommeil par la canonnade, me donnent aujourd'hui une migraine qui me force à passer la journée au lit.
Le bombardement, la famine, un froid exceptionnel: voici les étrennes de 1871. Jamais, depuis que Paris est Paris, Paris n'a eu un pareil jour de l'an, et malgré cela, ce soir, la saoulerie jette dans les rues sa bestiale joie.
Ce jour me fait penser qu'au point de vue de l'histoire de l'humanité, il est très intéressant et presque amusant pour un sceptique à l'endroit du progrès, de constater, cette année 1871, que la force brute, malgré tant d'années de civilisation, malgré tant de prêcheries sur la fraternité des peuples, et même en dépit de tant de traités pour la fondation d'un équilibre européen, la force brute, dis-je, peut s'exercer et primer, comme au temps d'Attila, sans plus d'empêchements.
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Lundi 2 janvier.—Tous les jours, de pauvres femmes se trouvent mal, soit de froid, soit de fatigue, soit d'inanition, pendant les heures de queue, qu'on leur fait faire pour la distribution de la viande.