On se demande si Trochu n'est pas un fou. A ce propos, quelqu'un dit avoir eu communication d'une affiche imprimée, mais non affichée, destinée à la mobile, où le dit Trochu parle de Dieu et de la Vierge, comme en parlerait un mystique.

Dans un coin, un autre de nous fait remarquer que ce qu'il y a surtout de criminel, chez deux hommes, comme Trochu et comme Favre, c'est d'avoir été dans l'intimité des désespérateurs, dès le principe, et cependant d'avoir, par leurs discours, leurs proclamations, donné à la multitude la croyance, la certitude d'une délivrance, certitude qu'ils lui ont laissée jusqu'au dernier moment, «et il y a là, reprend du Mesnil, un danger: c'est qu'on ne sait pas, la capitulation signée, si elle ne sera pas rejetée par la portion virile de Paris?»

Renan et Nefftzer font des signes de dénégation.

«Prenez garde, continue du Mesnil, on ne vous parle pas de l'élément révolutionnaire, on vous parle de l'élément énergique bourgeois, de la partie des compagnies de marche qui s'est battue, et veut se battre, et ne peut accepter comme ça, tout à coup, cette livraison de ses fusils et de ses canons.»

Deux fois on a annoncé le dîner, mais personne n'a entendu.

On se met enfin à table.

Chacun tire son morceau de pain.

—Au fait, dit je ne sais plus qui, vous savez comment Bauer a baptisé
Trochu: «un Ollivier à cheval!»

La soupe est mangée. Ici Berthelot donne l'explication vraie de nos revers: «Non, ce n'est pas tant la supériorité de l'artillerie, c'est cela seulement que je vais vous dire. Oui, le voici, c'est quand un chef d'état-major prussien a l'ordre de faire avancer un corps d'armée sur un tel point, pour une telle heure: il prend ses cartes, étudie le pays, le terrain, suppute le temps que chaque corps mettra à faire certaine partie du chemin. S'il voit une pente, il prend son… (un instrument dont j'ai oublié le nom) et il se rend compte du retard. Enfin, avant de se coucher, il a trouvé les dix routes par lesquelles déboucheront, à l'heure voulue, les troupes. Notre officier d'état-major, à nous, ne fait rien de cela, il va le soir à ses plaisirs, et le lendemain, en arrivant sur le terrain, demande si ses troupes sont arrivées, et où est l'endroit à attaquer. Depuis le commencement de la campagne, et je le répète, c'est la cause de nos revers, depuis Wissembourg jusqu'à Montretout, nous n'avons jamais pu masser des troupes sur un point choisi, dans un temps donné.»

On apporte une selle de mouton.