La femme de chambre apporte un noeud de diamant que la princesse a commandé, ces jours-ci, et en fait voir la beauté, en le détachant sur le noir de son tablier. Giraud de prendre le menton de la femme de chambre, disant sur le ton d'un marquis de théâtre: «Agaçons la soubrette.» Sur quoi la princesse crie: «Allons, vieillard, voulez-vous vous en aller, vilaine ordure!» Et le travail reprend, sérieux, acharné, coupé de dépêches télégraphiques jaunes, que la princesse déchire à mesure et roule en boulettes.

De ces journées d'art, se lève je ne sais quoi de pareil au charme de l'atelier d'une princesse italienne de la Renaissance, qu'auraient égayé des calembours de Carle Vernet.

La voiture est au perron. La princesse rit de voir Mme de Fly ne pas vouloir l'abandonner à nous autres, disant: «Mais qu'est-ce qu'elle croit que nous allons faire?» et sur la route de Montmorency, elle nous conte l'hôtel qu'elle rêve: un rez-de-chaussée avec un immense atelier au milieu, éclairé par le haut; et tout autour une colonie d'une dizaine de nous, logés dans de petites maisonnettes.

Au dîner, à propos d'un mot de je ne sais qui, la princesse s'emporte contre l'antiquité, la tragédie; et déclare n'aimer, ne sentir, ne comprendre que le moderne,—et semble avoir pour tout le classique l'horreur d'un écolier pour un pensum.

Le soir, Chesneau vient remercier la princesse de sa croix. Dans la journée, elle m'avait demandé si Flaubert était décoré, et comme je lui répondais qu'il ne l'était pas, et que ce serait un honneur pour le gouvernement de le décorer, elle s'est écriée: «Je n'en savais vraiment rien; si j'avais su ça, je l'aurais demandé directement; mais je le savais si peu, que, l'autre jour, nous nous le demandions avec Charlotte.»

A onze heures et demie, les hommes sont montés causer et raconter des histoires chez le vieux Giraud jusqu'à deux heures du matin. C'est l'habitude de la maison.

J'oubliais. La princesse a eu toute la journée une joie enfantine. On lui a apporté sa médaille d'or. Elle veut en faire un bijou, une espèce d'ordre et à la fois un bouquet de côté, pour porter dans ses soirées.

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Mardi 15 août.—Eugène Giraud nous mène à la maison rustique qu'il possède à Saint-Gratien, une maison inventée dans une grange, et bâtie et décorée de débris moyenageux, et où les lierres, la vigne folle, toutes les plantes de liberté, jettent leurs lianes et leur verdure zigzaguante sur le bric-à-brac de l'architecture de l'intérieur. C'est le cottage, le vrai nid d'une lune de miel romantique.

Giraud n'y habite jamais. On a voulu la lui acheter le prix qu'il en voudrait. Il s'y est refusé. Singulier homme, vrai artiste, original qui a passé sa vie à faire des folies comme l'achat de cette maison, comme l'achat de sa grande maison de Paris, folies qui l'ont fait riche sans qu'il y songeât. Vieil habitué de coulisses, honnête noctambule du boulevard, faisant lit commun avec sa femme, dans une coucherie patriarcale, qui a le grand fils au pied du ménage, en travers, sur un lit de sangle.